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PASCAL AUBIER
Réalisateur
Entretien réalisé à Paris
le 24 avril 2006
Par Bernard PAYEN

Un magnifique coffret DVD permet de découvrir avec grand plaisir l’oeuvre méconnue d’un cinéaste français qui a toujours envisagé le cinéma comme une aventure. Né à Paris pendant la seconde guerre mondiale, Pascal Aubier commence à travailler sur des films dès l’âge de 19 ans, en parallèle avec ses études. Il réalise ses premiers courts métrages en 1965 et son premier long métrage en 1970.

Entretien buissonnier autour de son oeuvre.



Objectif Cinéma : J’ai envie de résumer l’ensemble de vos films par cette idée que l’aventure commence toujours presque innocemment, en « ouvrant une porte »....

Pascal Aubier :
Oui, c’est aussi l’idée du miroir à travers lequel on peut passer, c’est Alice au pays des merveilles... J’ai toujours rêvé d’ouvrir les portes et de voyager, d’aller voir de l’autre côté de la terre s’il est vrai qu’on marche à l’envers ou pas. Mon cinéma est complètement inspiré par cette idée de basculement.


Objectif Cinéma : Lewis Carroll... On retrouve cette référence dans Les petits coins , dans lequel un ouvrier passe dans un autre monde via la fenêtre des toilettes...

Pascal Aubier :
J’aime inventer des histoires qui vont justement me faire tomber « de l’autre côté », je n’aime pas m’inspirer de la réalité, même si, dans la vie, il m’arrive souvent des histoires extraordinaires. Il n’y a pas de réalité au cinéma. La réalité comme disait Godard, c’est tout ce qu’il y a autour de l’écran. Mais sur l’écran, elle n’existe pas. Il y a le cinéma. Il n’y a pas non plus de différence entre la fiction et le documentaire. D’abord parce qu’il y a toujours du documentaire dans n’importe quel film de fiction : quand vous prenez A bout de souffle, vous y voyez aussi le Paris de la fin des années 50 ! Et tout documentaire est également une fiction puisque c’est le regard du réalisateur qui décide des plans, de la narration, du montage, etc.


Objectif Cinéma : Le court métrage a-t-il été un « terrain d’expérimentation » pour vous ?

Pascal Aubier :
Je n’ai pas fait de films pour expérimenter quelque chose, mais j’ai expérimenté des choses pour pouvoir faire des films. Prenez mon film Le Dormeur par exemple. J’avais envie d’adapter le poème de Rimbaud depuis longtemps. C’est un poème cinématographique avec un plan large (« un trou de verdure où chante une rivière »), vers lequel on se rapproche (le soldat) pour finir sur un gros plan (« il a deux trous rouges sur le côté droit »). Je voulais le faire en un seul plan, j’avais aussi l’idée du point de vue d’un oiseau. Comme si la caméra pouvait voler.

En cherchant comment faire ce film, dans les années 70, je rencontre Jean-Marie Lavalou qui sortait du service militaire. Il était en train d’essayer de tourner un film dans un sous-marin et mettait la caméra au bout de tubes de chaudière pour pouvoir passer dans des endroits impossibles. Sa réflexion a abouti à la fabrication de la Louma, une caméra au bout d’une grue, que je suis le premier à avoir utiliser pour le tournage du Dormeur.

Pour cela, on est allé au milieu des Cévennes, dans un endroit invraisemblable. Il a fallu faire un travelling de 500 mètres dont la réalisation a pris 9 semaines au lieu des 8 jours prévus ! Cette aventure-là n’est pas expérimentale, c’est « l’aventure du cinéma ». L’envie de dire quelque chose et de se donner les moyens de dire cette chose. C’est comme ça qu’on trouve le moyen technique approprié.