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WILLIAM FRIEDKIN
Réalisateur
Par Derek WOOLFENDEN


LOUP, Y ES-TU ?

1-PARADOXES, MALENTENDUS ET FAUX SEMBLANTS
(
Cruising , Police Fédérale Los Angeles , Le Sang du châtiment )

Avant de commencer, il nous semble important de souligner un point fondateur propre à tout cinéaste, mais particulièrement lié à Friedkin : une passion pour le cinéma revendiquée dans toutes ses interviews (Welles, Resnais, Clouzot, Mankiewicz, Huston...), mais aussi et surtout des rencontres accidentelles ou provoquées qui parsèment son œuvre. Ces dernières témoignent d’un « réel » en marge et tentateur : les vrais policiers Sonny Grosso et Eddie Egan à l’origine de French Connection, des conseillers prêtres dans L’Exorciste, un entraîneur de basket professionnel présent tout au long du tournage de Blue Chips, un traqueur des forces spéciales américaines pour Traqué, des conseillers techniques militaires pour L’Enfer du devoir (d’après le scénario écrit par le Ministre de la Marine pendant la Guerre du Golfe)... Ou ses collaborations scénaristiques avec un ancien membre des services secrets pour Police Fédérale, Los Angeles, les Mémoires d’un ancien inspecteur de police pour Cruising.... Ce n’est pourtant pas le « réel » que cherche Friedkin, c’est l’irruption provoquée d’un autre monde, celui qu’Hollywood déforme, anamorphose ou exclue, un monde où l’on retient son jugement moral afin de constater de nouvelles contingences aussi bien narratives que formelles que ces consultants insolites vont venir provoquer (1).

« N’est-ce pas plutôt la vie qui serait une suite d’illusions ? Ne serait-ce pas plutôt l’humanité qui vivrait une existence illusoire ? Une existence souvent à des lieues de la réalité quotidienne ? C’est une caractéristique très humaine, avant tout. » (William Friedkin (2))

Friedkin est un cinéaste à la lisière d’influences contemporaines représentatives des années 70 et 80 (Mann, DePalma), mais il prolonge également une tradition de cinéastes intransigeants et passionnés dont les films, par leur sujet même, provoquent et déstabilisent les spectateurs vis-à-vis des couches sociales abordées et des protagonistes à rebours des comportements consensuels hollywoodiens. Robert Aldrich (3) est l’auteur qui me paraît le plus évident à rapprocher de Friedkin : la cruauté des situations permises par le huis clos (Le Grand Couteau, Baby Jane...), une observation sociale cynique et désenchantée sur l’Amérique contemporaine (Bande de flics, Deux filles au tapis), des personnages acculés imprévisibles (Pas d’orchidées pour Miss Blandish), le film de genre détourné ou à rebours (le film policier avec La Cité des dangers, le western avec Bronco Apache, Vera Cruz, El Perdido et Fureur Apache), l’instrumentalisation des corps (Les douze salopards, Plein la gueule), l’absurdité de la guerre (Trop tard pour les héros) et surtout une relecture sociale et critique des œuvres d’Alfred Hitchcock. Le Démon des femmes est la variation critique et sociale sur les mœurs hollywoodiennes de Sueurs Froides tandis que L’Exorciste (4) ou Cruising retravailleront Psychose.