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LE SALON DE MUSIQUE
de Satyajit Ray
Par Nadia MEFLAH

SYNOPSIS : Roy est un aristocrate de la caste de "Zamindar", propriétaire terrien oisif, entouré de ses deux plus fidèles serviteurs. Agé, assis sur la terrasse de son palais, le regard vide, il songe à sa grandeur passée. À cette époque, le Maharajah, orgueilleux de la noblesse de sa caste comblait sa passion pour la musique et la danse en organisant dans le salon de musique des réceptions somptueuses, et de plus en plus ruineuses. Un plaisir qu’il partage avec Khoka, son fils unique, lequel doit recevoir l’initiation sacrée, cérémonie encore plus prestigieuse que les précédentes. Un jour, son épouse et son fils doivent partir au chevet du grand-père malade. Roy ne les accompagne pas, préférant rester savourer d’autres soirées musicales.. Alors qu’il est au salon de musique avec ses invités, l’orage gronde. Inquiet pour sa famille qui est sur le chemin du retour, Roy n’en continue pas moins de savourer sa réception. Surgit le fidèle serviteur Ananta qui annonce la catastrophe : sa femme et son fils ont péri noyés dans les graves inondations qui viennent de ravager la région, détruisant une partie de ses terres.

Désespéré, Roy va mener une vie de reclus. Il ferme son salon de musique. Or, un jour, pour contrarier son voisin Ganguli, usurier enrichi, représentant de la classe bourgeoise grossière et inculte, pour qui il n’éprouve que mépris, Roy va de nouveau ouvrir son salon de musique. Au grand désespoir de son intendant fidèle et discret qui tente de lui dire qu’il ne reste plus rien. Sourd à ses conseils, Roy va dilapider les maigres revenus de la dernière récolte. Il exige les meilleurs musiciens et la plus grande danseuse du pays pour animer la soirée. Comblé, imposant à Ganguli une humiliation publique, Roy s’enivre. Au petit matin, définitivement ruiné, il part sur son cheval blanc qu’il n’avait pas monté depuis des décennies. Inexorablement, il chevauche sur la plage vers sa destinée. Il fait une chute mortelle et son fidèle Ananta s’étonne de voir couler sur le visage de son maître un sang qui ressemble au sien...



LE SALON DE MUSIQUE, UN RAGA FREE JAZZ ?

"J’ai tourné mon premier film, Pather Panchali, parce que je pensais pouvoir m’exprimer dans un langage audiovisuel. J’étais d’ailleurs un fervent cinéphile depuis l’école, et j’avais lu de nombreux ouvrages sur le cinéma. Mon père et mon grand-père étaient l’un et l’autre peintres, écrivains et poètes, en sorte que j’ai éprouvé le besoin d’utiliser un moyen d’expression qu’ils n’avaient pas exploré. Ainsi, je me suis tout naturellement tourné vers le cinéma, alors qu’en fait j’exerçais la profession de dessinateur". Satyajit Ray

Le film de Satyagit Ray peut s’envisager à la fois comme réflexion pour raconter un récit intime fait de souvenirs et des traces d’un monde qui disparaît (l’aristocratie indienne face à la montée de la bourgeoisie, la perte de l’enfant) mais aussi comme une expérience réussie d’incarner un long chant musical ininterrompu et infini, avec les moyens du cinéma. Dès lors comment filmer la musique ? Et plus encore comment restituer en image ce qui est évanescent, insaisissable et infilmable ?

Des sons et des classes

L’ouverture du film (un lustre illuminé qui se balance) se clôt sur le même plan. Ce premier plan inquiète et fascine : un lustre se balance et la caméra le filme de plus en plus près, massif, énorme tel une araignée. Et notre œil, happé par son mouvement lancinant, est transe-porté par une musique de sitar, précipitée et frappante. Tel un leitmotiv (l’intelligence du réalisateur est d’utiliser un objet de lumière comme une note musicale, ou une rengaine répétitive) ce lustre revient hanter le film de sa présence, scandant le film de son oscillation scintillante (tout comme la boule de neige « Rosebud » de Kane/Welles). Ce lustre est le signe concret de la classe sociale du héros, c’est aussi ce qui sonnera sa chute.