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FESTIVAL DE
CANNES 2006

Compte-rendu de la séléction Officielle 2006
Par Donald JAMES

Avant d’être frappé par les rayons du soleil de la croisette, il est impossible d’imaginer une ville comme Cannes réduite à deux rues (le bord de mer et la rue commerçante), concentrant le regard et les caméras de milliers de journalistes, et multipliant ainsi l’intérêt d’une foule aux aguets se promenant en déshabillé et caressant le rêve de devenir un jour une star. A Cannes chacun semble animé par la warholienne problématique du « to see or to be seen ». Qu’il s’agisse du public ou des acteurs, des réalisateurs ou des producteurs, des artisans de la professions ou des journalistes, tout le monde semble happé par la frénésie du networking, du réseau à cultiver.



A cause du nombre de sélections et de films, du rythme effréné des projections - impossible à suivre dans leur ensemble - on a paradoxalement le sentiment qu’à Cannes tout le monde est critique de cinéma et que, de son côté, la critique réelle par l’accumulation des films à voir ou à découvrir, manquant de recul nécessaire, de plus en plus de temps et d’espace, disparaît dans une tour de Babel d’effets d’annonces et de copinage. A travers une logorrhée discordante fixée dans l’étau inconfortable du « j’aime/j’aime pas », cette année tous les professionnels s’accordaient au moins sur une chose : pas de perle rare, pas de film choc !

Le festival, qu’un murmure dit en crise, tend le miroir d’une autre crise. Crise d’une profession sans repères, éclatement de la critique (des journaux professionnels, des blogs, des quotidiens) et glissement progressif de l’image vers un monde marchant, violent et cynique.

Venir à Cannes c’est être invité sur l’île de la tentation. L’alcool coule à flot (gratuitement), les fêtes au bord de mer ou sur les hauteurs de la ville se recherchent activement. Peu importe que derrières les œuvres de cinéma se profilent des horizons idéologiques (religiosité sous-jacente de Nicole Garcia) et des systèmes de représentation du monde (éloge de la sensualité contre l’intolérance de Rabah Ameur-Zaïmeche) ; repu et fatigué, l’œil attend quelque chose de doux et de sucré, une image qui glisse accompagnée d’une musique mélancolique : s’agirait-il du cinéma guimauve, un miroir complètement déconnecté de la réalité, signés par des enfants gâtés (Richard Kelly et Sofia Coppola) ?

Si 2006 a été l’année du retour des stars sur les marches ce fut également celle d’un festival plus « politique » que jamais. Parmi les films sélectionnés en compétition officielle, presque tous étaient ancrés dans l’actualité (la guerre, la mondialisation), les réalités sociales, le devoir de mémoire.

La piscine du Noga Hilton réservée pour la soirée d’Objectif cinéma, avec notre consultant Bernard Payen au fond.






Fast Food Nation de Richard Linklater

Comme Indigènes de Rachid Bouchareb, Fast Food Nation fait partie de ces films qui jouèrent la carte du sujet démonstratif, de la (trop grande) transparence du sens. En avant donc pour la visite d’un abattoir dans le Colorado confondant un peu trop viande et déjections bovines. Linklater intercale trois couches narratives. Celle (classique) de l’enquête d’un cadre américain mandaté par sa chaîne de fast-food, celle, nerveuse, des Mexicains traversant le désert pour aller travailler aux USA et enfin celle des sympathiques teenagers de la ville bientôt en révolte. Aucun récit ne se rejoint. Le réalisateur s’en tient à la démonstration de son programme (on ne gobe que de la M..., les Mexicains sont traités comme des chiens, il faut se révolter) et le film, malgré son casting de stars et même de méga stars - Kris Kristofferson et Bruce Willis en roue libre - ne décolle malheureusement jamais. Reste une blague inconsciente : le conglomérat des dirigeants de l’entreprise fournissant la viande, traités de salauds, d’arnaqueurs et contre qui Richard Linklater appelle vertement à se révolter, se trouve dans le sous-titrage français résumé sous l’acronyme : UMP.