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DVD

JAN SVANKMAJER

Courts métrages - Volume 2
Par Cécile GIRAUD


POINT DE VUE

En juin 2005, l’éditeur Chalet Pointu créait un petit évènement dans le monde du DVD et de l’animation, en proposant un premier volume de court-métrages de celui qu’ils appellent « le maître du surréalisme », Jan Svankmajer. Après le fameux Les possibilités du dialogue, Ours d’or à Berlin en 1983, on attendait un volume deux. C’est avec le premier film du réalisateur que l’éditeur a décidé d’ouvrir ce nouveau DVD, Le dernier trucage de M. Schwarzwald et de M. Edgar, qui pourrait à lui seul symboliser l’œuvre et l’esprit de son créateur. On comprend que le titre de maître du surréalisme n’est pas usurpé face à ces deux personnages à tête de papier mâchée et à corps humain. Le vivant et l’animation se mélangent, comme le mécanique et l’organique. Alors que les deux personnages rivalisent d’invention, que des objets étranges sortent de leurs têtes géantes, un élément terrestre renvoie le film dans la basse sphère de l’organique en la personne d’un cafard.

Les films de Svankmajer oscillent entre spectaculaire et vulgarité, entre petite histoire et réflexion universelle. M. Schwarzwald et M. Edgar ne sont pas bien glorieux, à l’image des autres personnages inventés par Svankmajer. Dans Une semaine tranquille à la campagne, un homme va épier jour par jour les évènements qui se déroulent dans une maison. Par le trou de la serrure, il est témoin d’étranges ballets, où les papiers de bonbons renferment des vis, où une langue géante lèche une assiette avant de se faire hacher menue et de se transformer en vis à son tour... Tout d’un coup, un oiseau sort d’un tiroir. Entre poésie et barbarie, Svankmajer nous confronte à la banalité de la vie quotidienne en la transformant en féerie, mais en féerie inquiétante. Il matérialise ce qu’on appelle l’inquiétante étrangeté, la développe jusqu’à l’absurde.

Les films de Svankmajer, s’ils sont rangés dans la case animation, sont bien plus que ça. Svankmajer utilise aussi bien la prise de vue réelle que la marionnette (dans La fabrique de petits cercueils, deux marionnettes à main s’entretuent et nous font passer du petit théâtre de Guignol à une farce macabre), ou l’image par image. Dans tous les cas, la matière est mise à rude épreuve, les corps sont démantelés, les objets quotidiens sont pris à contre-emploi, les décors et les maisons tombent en morceau. Et l’on sent dans J.S. Bach : Fantaisie en sol mineur, qui ne comporte aucun personnage si ce n’est le décor, que Svankmajer est profondément hanté par la déchéance de l’humanité et de ce qu’elle a inventé. Peut-être seule la musique serait à sauver. Mais il vaut mieux en rire qu’en pleurer.