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RICHARD FLEISCHER
Cinéaste de métier
Par Julien ABADIE


Richard Fleischer est de la race des artisans. Intégré dans le système des studios, il touchera à tous les genres : le thriller, la science-fiction, l’épopée, le fantastique, le film noir... En tout pas moins de 44 films efficaces et techniquement maîtrisés. Voire mieux. Portrait d’un grand qui n’a jamais cherché à l’être.



« Le cinéma est aussi un art. » Depuis ses débuts, Hollywood a fait sienne cette formule ironique. Le principe est simple : un film est un produit industriel, un business comme un autre géré par des majors et soumis aux lois du marché. Cynique. Mais efficace : ce système dit "des studios", a priori castrateur, a engendré nombre de grands films, et ce à toutes les époques. Les responsables ? Des réalisateurs doués et efficaces, professionnels sans style particulier mais capable de réussir n’importe quel film en respectant les délais. Et le budget. Cheville ouvrière d’Hollywood, ces artisans, comme on les nomme, renoncent théoriquement à leur statut d’auteur (quitte à le reprendre au bout de quelques années), pour se plier aux desiderata des décideurs. Un statut mal vécu par certains, mais qui fera les beaux jours de quelques autres. Richard Fleischer est de ceux-là. Resté toute sa carrière dans le giron des studios, il a enchaîné les films et les genres, avec aisance et toujours la même exigence : rendre la meilleure copie possible. Un cinéaste de métier.

Né le 8 décembre 1916, Richard Fleischer est le fils d’un des piliers de l’animation, Max Fleischer, producteur de Popeye et Betty Boop. Une filiation paradoxalement encombrante : rompu au système impitoyable du milieu et à sa précarité, le paternel décourage régulièrement Richard de se lancer dans le cinéma. Obéissant, le jeune homme entame alors des études de médecine et obtient un diplôme de psychologie à l’université de Brown. En parallèle, et au mépris des conseils de son père, il entre comme comédien à la Yale Drama School. Quelques temps plus tard, il fonde sa propre compagnie de théâtre, Arena Players, et part en tournée en Nouvelle Angleterre. C’est là, en 1942, qu’un ponte de la RKO le remarque et l’engage comme scénariste et monteur pour Pathé, une filiale du studio.

Rapidement, Richard Fleischer va gravir les échelons. D’abord monteur des actualités, il réalise son premier long-métrage en 1946, Child of Divorce, un mélodrame pur jus sur les affres de la séparation. A peine deux ans plus tard, il entre de plain-pied dans la série B à suspens. C’est l’époque de L’Assassin sans visage (1949) et de L’Enigme du Chicago Express (1952), des incontournables du genre (voir papier connexe). Fort de ces succès publics et artistiques, il quitte la RKO pour la MGM qui lui confie un énorme projet : l’adaptation fastueuse du roman-phare de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers. Le résultat, sidérant, trône encore aujourd’hui au panthéon du cinéma d’aventure. Non seulement Richard Fleischer y exploite à merveille les capacités des effets spéciaux mécaniques (le film reçut un oscar), mais il réussit une séquence incroyable, devenue depuis une icône du fantastique : l’attaque du Nautilus par la pieuvre géante. Tout le monde garde à l’esprit la vision de Kirk Douglas, un harpon à la main, luttant pour sa survie contre les tentacules du monstre. Mieux : malgré le poids des années, 20 000 lieues sous les mers reste à ce jour la meilleure transposition cinématographique de l’univers steampunk de Jules Verne. Résultat honorable pour un simple faiseur...

Devenu le spécialiste du cinéma d’action et d’aventure, Fleischer enchaîne les films d’exploitation (L’Inconnu dans la ville, le Génie du mal, Bandido Caballero...). Jusqu’en 1958 où il retrouve Kirk Douglas pour une nouvelle superproduction : Les Vikings. Tourné en Norvège et sur les côtes bretonnes, cet immense succès commercial marque la première incursion réussie du 7ème Art dans le monde de l’heroic-fantasy. Même dénué d’éléments strictement fantastiques, Les Vikings emprunte en effet à ce genre codifié sa structure narrative et son esthétique post-romantique. Impossible de ne pas songer à J. R. Tolkien lorsque, dans le dernier plan, les archers enflamment de leurs flèches le drakkar où repose Einar, le guerrier borgne. Quelques années plus tard, Conan le Barbare, Le Seigneur des Anneaux et bien sûr le 13ème guerrier paieront leur tribut à Richard Fleischer..