Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

PROFESSION REPORTER
de Michelangelo Antonioni
Par Jacky GOLDBERG

SYNOPSIS : David Locke est un reporter américain basé en Afrique. Un jour où il se rend à son hôtel, il découvre le corps sans vie d’un homme lui ressemblant étrangement dans la chambre voisine. Il décide de lui prendre son identité et de vivre une nouvelle vie qu’il espère plus passionante, ce qui l’amènera à rencontrer une mysterieuse femme qui semble aussi perdue que lui. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le cadavre dont il a pris l’identité était un espion au service d’un groupe terroriste.



Les mille yeux de Michelangelo Antonioni

Il y a des cinéastes qui passent leur vie à filmer leur ville, leur quartier, leur appartement ; d’autres sont des voyageurs insatiables, chez eux partout et nulle part, à la recherche effrénée de l’autre et, sans doute, d’eux-mêmes. Michelangelo Antonioni est l’un d’eux. Après une première carrière en Italie qui culmina avec sa tétralogie Monica Vitti (L’Avventura, La nuit, L’éclipse, Le désert rouge), Antonioni entama une série de voyages qui le conduisirent en Angleterre (Blow up), aux Etats-Unis (Zabriskie point) et en Chine (Chung Kouo). Profession reporter, film sur le voyage et la recherche de soi, est l’aboutissement de cette quête, avant un ultime retour à la maison (Identification d’une femme).

Replacer Profession reporter dans son contexte historique et géographique n’est pas inutile. Tout d’abord, au sein de l’œuvre d’Antonioni, Profession reporter est bel et bien l’aboutissement d’une réflexion sur l’image entamée avec Blow up, un film sur l’introuvable objectivité de l’image photographique (ou filmique), qui en appelle par conséquent à l’humilité de l’artiste face au monde qui l’entoure. Cette objectivité, Antonioni l’a ensuite testée en Chine, à l’occasion d’un documentaire commandé par le gouvernement, lequel fut bien embarrassé à la vision du film. A la place du tract maoïste attendu, Antonioni préféra tourner un film poétique et contemplatif dont l’apparente neutralité révélait en fait les failles du système. Antonioni, parti plein d’espoir, rentra désabusé de ce voyage. C’est ainsi qu’il eut l’idée de raconter l’histoire d’un journaliste qui décide de tout plaquer à cause de son incapacité à découvrir la vérité par le biais de sa caméra.

Cela ne suffit pas, il faut également replacer Profession reporter dans un contexte historique plus large que sa seule œuvre, dans une perspective passée et à venir. Ainsi, il peut apparaître comme une déconstruction du film noir, un anti-thriller reprenant les éléments d’un film d’Hitchcock (un homme usurpe l’identité d’un autre, trouvé mort par hasard) pour en épuiser peu à peu les ressources, jusqu’à un sur-place typiquement antonionien. Les trafiquants d’armes à ses trousses seraient sa fatalité (finiront-ils par le rattraper ?), la fille à la caméra (jouée par Maria Schneider, sauvée du calamiteux Tango à Paris), sa femme fatale. Et au milieu de cette agitation, Jack Nicholson, alias David Locke (qui ne porte pas son nom par hasard) devenu David Robertson par hasard, trône, impérial, dandy fugueur et nonchalant tel Rimbaud fuyant la gloire pour aller vendre des armes en Afrique.