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ANNECY 2006
Retour aux sources
Par Cécile GIRAUD


Alors que l’on remarquait justement en 2005 que la moitié des films présentés à Annecy étaient basés sur l’image de synthèse, force est de constater que le dessin sur papier résiste. C’est avec plaisir et jubilation que les conservateurs de l’animation ont pu observer que les plus belles oeuvres présentées pendant le festival étaient les plus traditionnelles, au sens ou la technologie de pointe ne brillait pas par son inventivité ou même sa maîtrise. Ce sont donc deux films réalisés en dessin sur papier qui remportèrent les prix les plus prestigieux : Regina Pessoa avec Histoire triste avec fin heureuse remporta le prix TPS et le Cristal d’Annecy, tandis que Joanna Quinn remporta le Prix spécial du jury, le prix du public et le prix de la critique internationale avec Dreams and Desires (qui remarqua avec fierté que les femmes se taillaient une belle part du gâteau).

L’une, Regina Pessoa, est une jeune femme portugaise qui, après un premier film en 1999, avait remporté le concours de projet d’Annecy en 2001. C’est le fruit de ce prix que l’on put découvrir et que l’on entendait murmurer un peu partout autour du lac. Coproduit par l’ONF, Arte et Folimage (chez qui elle réalisa son film en résidence), le film vibre en français (ainsi que dans sa version anglaise) de la voix d’Elina Lowhenson, et son accent si particulier, à l’image du personnage qui évolue (un peu trop vite) sous nos yeux. Une petite fille a un coeur d’oiseau. Il bat plus vite que celui des autres gens. Battant si fort qu’il perturbe la vie des habitants de son village, obsédés par le battement sourd. Regina Pessoa dessine en noir et blanc. La pellicule semble grattée (c’est cette technique qu’elle utilisait pour La Nuit), les traits de crayon se montrent, le blanc et le noir s’affrontent, le gris n’ayant que peu le droit de citer. Regina Pessoa nous offre une poésie troublante, où l’espoir se goûte les yeux mouillés. Au-delà d’une prouesse technique viennent s’imposer de vrais moments poétiques, à l’image de la scène dans laquelle la petite fille isolée accepte peu à peu son corps. La réalisatrice dessine avec pudeur comme elle aurait pu filmer un corps. La petite fille (mais quel âge a-t-elle vraiment ?) va dans la salle de bain, se déshabille, prend sa douche, en sort le visage épanoui avant de s’évader dans un monde proprement merveilleux. 8 minutes, et on aimerait qu’il y en ai plus. Regina Pessoa nous catapulte un peu vite au sein et hors de ce monde où le temps et les gens passent trop vite, et l’on aimerait savourer le quotidien atypique de cette fille au coeur d’oiseau.

L’autre, Joanna Quinn, n’en est pas à son coup d’essai. Réalisatrice depuis les années 80, elle a pu affiner son trait au fil des années, ainsi que son personnage favori, une grosse anglaise prénommée Beryl, dont la cinéphilie est, disons, mise à sa sauce. Ce personnage haut en couleurs ne lâche pas sa caméra, et elle doit justement filmer le mariage de sa meilleure amie. Obsédée par cet outil et le cinéma, elle improvise, tente de nouvelles "figures" et a pour cela recourt aux grands cinéastes du siècle dernier : Eisenstein ou Leny Riefenstyle (lisez Riefenstahl). Elle invente alors le travelling à sa façon (avec fauteuil roulant), recrée le documentaire sans coupe ni montage.

Joanna Quinn travaille au crayon coloré, et croque sans pudeur des personnages singuliers, jusqu’au chien chieur et péteur auquel on met une couche. Le trait rappelle Plympton (certains disent que, en plus, c’est drôle), l’humour franchement british, le personnage inoubliable de trashitude.