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Hitler qui, comme tous les vieux garçons, comme tous les dictateurs, était cinéphile (Mussolini a, par exemple, créé la Biennale de Venise et le premier festival de cinéma au monde qui va avec, l’institut et les studios Luce, Cinecittà, a admiré et encouragé les grosses productions de pepla, pluriel de peplum, aux décors néo-antiques qui ont elles-mêmes inspiré les architectes et urbanistes fascistes des années 20 et 30 ; Wikipedia nous rappelle qu’en France même, malgré l’étonnante amnésie actuelle de certains fonctionnaires de la Culture, Pétain mit en place, dès 1940, le Comité d’Organisation de l’Industrie Cinématographique, organisme bureaucratique qui, à la Libération, fut rebaptisé CNC), avait vu tous les films de Leni Riefenstahl (ceux de Chaplin aussi) et flasha sur la jeune femme (qui devint plus ou moins sa Paulette Godard à lui) ; il lui demanda de travailler pour son compte et celui de son très sympa, jeune et dynamique mouvement politique, raciste et antisémite. Ce qu’elle fit avec dévouement et talent, en commençant par réaliser le film à la gloire du Parti, La Victoire de la foi (1933). D’après Jérôme Bimbenet, Riefenstahl était à l’époque aussi célèbre que Marlène Dietrich (p. 29). Ce qui paraît tout de même un peu étonnant.

Bimbelet a raison de rappeler le contexte chauvin de l’époque, en Allemagne, où l’on commence par exclure les Juifs de l’industrie du cinéma (puis des autres domaines artistiques et, finalement, de toute activité professionnelle ou vitale) comme en France. Les réflexes protectionnistes de type raciste sont alors fort répandus dans le milieu du cinéma et l’auteur cite les propos stupides tenus par des personnages comme Marcel Lherbier, Jacques Feyder, Fernandel, etc. Trouve grâce aux yeux du thésard, bien à tort, nous semble-t-il, l’opportuniste, fuyard, goguenard, roublard et franchouillard Jean Renoir qui, après avoir été financé par le Front populaire, cracha dans la soupe et, à en croire le critique de cinéma Louis Skorecki, aurait même écrit à Tixier-Vignancourt pour faire allégeance au régime de Pétain, déversant par la même occasion sa fureur antijuive (Libération du 5 septembre 2005). D’après le dialoguiste Henri Jeanson (qui avait sans doute ses propres raisons d’en vouloir au cinéaste), Jean Renoir, quittant en 1940 la France, transitant par Lisbonne d’où, grâce à l’aide du producteur Ayres d’Aguiar, de nombreux Français purent partir pour les Etats-Unis, aurait déclaré à un journaliste salazariste (donc pas fiable à 100%) regretter de s’être compromis avec le Parti communiste français, aurait tenu des propos antisémites et même fait des offres de service à son "confrère" Hitler, pensant ainsi pouvoir vite rentrer en France (cf. Henri Jeanson, « Jean Renoir ou la grande désillusion », L’Aurore, 5 novembre 1968, BNF, MICR D-364, unité 150).

Les compagnies cinématographiques allemandes, l’UFA, la Tobis, l’ACE, qui s’intéressent au marché français, produisent des versions « multiples » (il n’y avait pas encore de doublage sonore, pas de sous-titrage) puis des versions françaises, de films conçus et tournés en Allemagne. Les vedettes françaises font régulièrement la navette Paris-Berlin pour des raisons surtout professionnelles : Michèle Morgan, Madeleine Renaud, Yvonne Printemps, Edwige Feuillère, Viviane Romance, Mireille Balin, Raimu, Jean Gabin, Michel Simon, Fernandel, Pierre Fresnay, Jules Berry, Pierre Brasseur, Pierre Blanchar, François Périer (p. 34). Pendant la guerre, les affaires continueront et la Continental organisera le voyage à Berlin des acteurs français, très médiatisé par la propagande de Pétain et d’Hitler et, pour le coup, compromettant pour des Albert Préjean, Suzy Delair, Elvire Popesco et autres Danielle Darrieux.