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HENRI FRANCOIS IMBERT
Par Philippe CHAPUIS

Les éditions Montparnasse ont réuni les trois films d’Henri François Imbert au sein de la collection “ Le Geste cinématographique ” dirigée par Patrick Leboutte (fondateur de la revue L’image, le monde) et Marc Antoine Roudil. L’édition se compose d’un DVD unique (qui comporte les trois films sans bonus) et d’un très intéressant livret qui propose deux textes, l’un de l’écrivain Caroline Lamarche, l’autre de Patrick Leboutte, offrant un éclairage inattendu sur l’œuvre du cinéaste.



En trois films, Henri François Imbert est parvenu avec force à dessiner une trajectoire singulière au sein du paysage cinématographique. Aussi aimerait-on pouvoir parler de son cinéma sans utiliser les catégories critiques habituelles (fiction, documentaire, autobiographie, etc) qui paraissent vieillottes et usées en regard des propositions du cinéaste.

Les critiques parlent volontiers “ d’autobiographie ” ce qui ne paraît pas très adéquat. Chacun des films entretient certes un rapport explicite avec la vie du cinéaste mais n’est-ce pas le cas de beaucoup de films (y compris de fiction) que l’on ne qualifie pas pour autant “ d’autobiographiques ”. Là ne réside peut-être pas la spécificité du travail d’Henri François Imbert. Dans Sur la plage de Belfast, il découvre une caméra super 8 contenant un film et tente d’en retrouver les propriétaires à partir du film lui-même. Dans Doulaye, une saison des pluies, il part au Mali, à la recherche d’un ami de ses parents dont il garde un souvenir d’enfant, vague mais tenace. Dans No Pasaran, album souvenir, il tente de reconstituer une série de cartes postales, décrivant la fin de la Guerre d’Espagne, qu’il regardait chez sa grand-mère lorsqu’il était enfant.

Ces trois films ont en commun un même narrateur (le cinéaste, qui s’exprime à la première personne), l’utilisation en alternance de la pellicule super 8 et de la vidéo, et la forme d’une “ enquête ” ou peut-être, plus justement, d’une quête.

Le cinéaste lui-même n’est jamais vraiment le sujet du film, il en est plutôt le vecteur, c’est-à-dire qu’il est un sujet dépouillé du contexte et des anecdotes, dépouillé de ses qualités dirait Musil, un sujet très concrètement réduit à un regard. Tout ce que ses films nous montrent a été vu et filmé par lui, et sa voix ne semble là que pour nous le confirmer, ce qui a peu à voir avec l’autobiographie.

La présence de ce regard incarné renvoie très naturellement au principe organisateur des films. Qu’est-ce qui d’ordinaire préside intrinsèquement aux choix de tournage et de montage ? C’est une question qui concerne tout film. En fiction, on serait tenté de répondre benoîtement : “ le scénario ” - ce qui est faux mais ce n’est pas le sujet ici. En documentaire, la plupart du temps, le principe d’organisation est thématique : on veut évoquer telle ou telle question ou problème et l’on tente (au mieux) d’enregistrer des fragments de réel en rapport avec cette question.