Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

MEURTRIERES
de Patrick Grandperret
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS : Nina et Lizzy.
La rencontre de deux jeunes filles normales, juste un peu fragiles.
Entre elles, une reconnaissance immédiate...
Ensemble, elles sont fortes, euphoriques...
Elles n’ont pas beaucoup de chance, pas d’argent, elles n’ont que leurs rêves.
Deux jeunes filles en quête d’amour.
Et chaque instant qui passe, chaque rencontre leur ferment un peu plus les portes d’un monde dont elles n’ont pas les clés.
Rien en poche, on ne va pas loin.
Ou carrément trop loin.



Nina et Lizzy couteau en main, deux jeunes filles en jupette et hémoglobine sont tenues coupables par les premières secondes du film et la fin de l’histoire de Meurtrières. Le titre sonne comme le polar glacé des films générationnels, Hell ou le non moins propret mais plus efficace Robert Carmichael, qui partent du principe qu’adolescence rime avec sauvage innocence. Pourtant, Patrick Grandperret revisite l’histoire vraie d’un crime sans mobile qui cette fois n’inspira pas les rejetons caustiques et amers de notre triste et contemporaine réalité, mais le pape d’une autre génération d’insurgés. Maurice Pialat fut le véritable géniteur de ce projet basé sur un fait-divers des années 1970. Grandperret, assistant devenu grand, voulut-il donner vie à cette idée ou rendre hommage à son papa disparu ?

L’écriture est habile mais offre des réussites bien plus photographiques que dramatiques. Nina est une énigme, prise entre un environnement fait d’objets inertes et ces valses tziganes qui l’obsèdent et offrent à ce personnage quasi muet le moyen de donner la preuve de sa « folie ». Justement, les preuves s’accumulent, les mises en situation s’enchaînent, jouent sur la pluralité des tons - polar, mélo, flash-back en gros sabots - pour souvent laisser à quelques beaux moments la sensation d’actes manqués. Ici, ces gestes inutiles tablent maladroitement sur un principe propre à la dramaturgie de Pialat : chuter, couper court au confort d’une ambiance ou de l’état émotionnel d’un personnage par le principe de la « gifle » dont A nos amours serait l’archétype. Entre deux volées à lui décrocher la mâchoire, la toute jeune Sandrine Bonnaire riait à s’en creuser la fossette. Ensuite elle se dénudait comme une vraie jeune fille, que Pialat su aussi dessiner en courtisane mortifère, pour nous dire à quel point l’amoureuse était innocente, imprévisible et dangereuse. On comprend ainsi que le projet de Meurtrières put l’intéresser. On imagine bien cette histoire épouser la patte de Pialat, cinéaste des chairs et des gestes touchant au « vrai » par la brutalité d’émotions qui étaient plus souvent affaire d’instinct que de sentiments. Imaginant le film qu’aurait réalisé Pialat, on entre finalement dans la situation réelle où Grandperret semble s’être trouvé. Pialat nous livrait des portraits, filmait le reflet d’une nuque comme la totalité d’un personnage. Granperret tenterait la même chose en posant sur le silence de Nina la charge de son passé : un père perdu, mobile au crime à venir ? A nous de trancher, affirme Grandperret, qui, même s’il échappe à la linéarité d’un drame bien ficelé, offre une progression syncopée qui opacifie plus qu’elle ne densifie sa dramaturgie. Ainsi, il semble hésiter sur ses propres choix et conte l’histoire de deux orphelines en flirtant entre féerie non assumée et réalisme malhabile.