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HAROLD LLOYD
Un héros ordinaire
Par Cécile GIRAUD

Longtemps oublié, Harold Lloyd refait surface cette année avec une actualité multiple : Carlotta Films ressort cinq de ses films en salles, Studio Canal édite deux beaux coffrets DVD, tandis que le Festival de la Rochelle lui rend hommage.



C’est en 1918, après avoir endossé les personnages de Willy Work et Lonesome Luke, que Harold Lloyd inventa un personnage caractéristique, défiant Charlie Chaplin et Buster Keaton : l’homme aux lunettes rondes. Comme Keaton, son personnage portait toujours son propre prénom pour changer uniquement son nom de famille. Au même titre que les lunettes et le costume trois pièces, ce prénom est devenu un symbole, une marque. Harold peut alors être défini comme « Monsieur tout-le-monde », un self made-man, jeune homme issu de la classe moyenne, tentant de gravir les échelons du rêve américain (aux premiers rangs duquel apparaissent le travail et la femme).
Comme le fait remarquer Stéphane Goudet dans l’un des bonus du DVD édité par Studio Canal, Chaplin tente de faire son trou, d’intégrer l’espace et le champ, Keaton tente d’y échapper, et Lloyd y est ancré. Alors que les trajectoires de ses deux rivaux de l’époque sont horizontales, celle de Lloyd est définitivement verticale, ce que symbolisent à merveille les cinq films mettant en scène le gravissement d’un building, image maintenant historique d’Harold suspendu aux aiguilles d’une horloge d’un gratte-ciel avec, en arrière plan, la ville fourmillante.

Harold est comme la ville, il est en construction. Lloyd est profondément contemporain de son époque. Il montre dans ses films la middle class, les chantiers, un avenir qui devient sous nos yeux le présent, se bâtissant à coup de poutrelles métalliques avant de s’effondrer en 1929, peu après l’apparition du cinéma parlant, période pendant laquelle Lloyd continua à tourner, mais qui vit s’effriter sa carrière (son dernier film muet date de 1928).

Concurrents, les trois burlesques n’en sont pas moins aussi différents que complémentaires. Chaplin émet objectivement une critique sociale, avec en premier lieu l’utilisation d’un costume d’homme du monde alors qu’il n’est qu’un vagabond. Charlot est un personnage provoquant, cherchant souvent la bagarre, et, comme la faim justifie les moyens, ne fait pas grand cas de se battre à la régulière. Au contraire, Keaton fuit. Allant de catastrophe en catastrophe, il tente d’éviter un éboulement, de semer ses poursuivant(e)s. Il tombe (souvent), et réussi (parfois) à réaliser quelque exploit, mais bien malgré lui.

Entre les deux, Harold. Pas (ou peu) d’ironie envers ce personnage qui peut se révéler tour à tour candide (The freshman) et cruel. Harold n’est pas l’idiot du village. S’il doute parfois de ses capacités, il est, la plupart du temps, sûr de lui. Peut-être ne prend-il même pas le temps de se poser la question, non pas qu’il soit inconscient de la cruauté du monde ou des dangers physiques qu’il présente, mais qu’il ne se donne pas d’autre choix que de les affronter pour parvenir à ses fins, qu’il s’agisse d’amour ou de travail. Si Keaton ne doit sa réussite qu’au hasard et à la chance, ce n’est pas le cas d’Harold, sans doute le plus téméraire des burlesques.