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DVD

CINEXPERIMENTAUX #7

Stéphane Marti
Par Cécile GIRAUD

Mythique éditeur de films expérimentaux, les éditions Re-Voir se modernisent pour passer discrètement de la VHS au DVD. Ils ont choisi pour cela d’éditer le septième volume des Cinexpérimentaux, portraits de cinéastes, consacré à Stéphane Marti.



Cinéaste et enseignant, Stéphane Marti fait parti de ce qu’on a appelé dans les années 70 l’Ecole du corps. Il utilise la Super 8, tourne beaucoup en Kodachrome 40, la pellicule récemment supprimée par Kodak, au grand damne du réalisateur, pour lequel elle est unique, notamment à cause de son rendu des couleurs. De son premier film en 1975 à ses récentes réalisations, le corps est toujours là, le format carré aussi, mais non sans avoir évolués.

Le menu du DVD propose d’abord de visionner le portrait réalisé par Frédérique Devaux et Michel Amarger, ensuite de visionner trois films de Stéphane Marti : Allégoria (1979), Diasparagmos (1980) et Mira Corpora (2004). C’est bien le portrait qui prime aux films. On y découvre l’univers de Marti : sa maison, avec ses innombrables objets baroques, des photos issues de ses films, du bleu turquoise sur les murs, du rose, du doré, mais aussi un bout de nature, des plantes, un chat. Cette entrée en matière détermine et explicite les films que nous seront invités à voir : la tension entre le naturel et l’artificiel, l’homme et la nature, l’intérieur et l’extérieur, l’opacité et la transparence. Il y a quelque chose de primitif dans le cinéma de Stéphane Marti, un primitivisme qui vient pourtant de ce qu’il y a de plus raffiné, de plus moderne. Ce cinexpérimental nous le montre bien. On le voit en train de tourner Mira Corpora dans les catacombes, sorte de grotte ancestrale dans laquelle évoluent des êtres mi-humains mi-mythologiques : un vampire dans une cape noire, un personnage asexué à la peau blanche et aux cheveux rouges... Dans cet environnement hostile, l’image apparaît, et avec elle le mélange des matières : le corps se colle à la roche, des images se projettent en transparence sur la peau. Ainsi, la transe peut commencer.

Danse ou transe, la frontière est ténue, comme dans Allegoria, où un homme descend et remonte un escalier de pierre, semblant étourdi, désorienté, mais donnant à ses gestes une grâce étrange. C’est aussi dans ce film que les matières se mélangent, et avec elles les couleurs. Les corps peints se fondent avec la peinture qui les recouvre. C’est presque de la science-fiction. La peinture coule dans un bain, se mélange avec l’eau, recouvre un être dans une combinaison blanche. La couleur vampirise, se transforme en un désir, une soif inextinguible. Les bouches avalent cette pâte épaisse de couleur, qui va de l’extérieur à l’intérieur.