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PETER FONDA
Propos recueillis
le 9 juillet 2006
par Cécile GIRAUD

Veste en cuir, jean et santiags, Peter Fonda est tel qu’on l’imagine, un easy rider assagit. Sous ses airs de professionnel sympathique, il reste un peu de mystère post soixante-huitard. Son visage change peu. Il est le même dans The Limey, où il interprète un riche producteur de disques, que face à nous. Une certaine délicatesse émane de ses traits, pour se transformer ensuite en une sorte de folie, lorsqu’il parle directement à votre magnétophone, ou lorsqu’il part dans des interrogations sur Dieu et l’univers. Voilà où se situe Peter Fonda : entre le ciel et la terre, comme il le dit avec L’homme sans frontière, son premier film en tant que réalisateur, tourné en 1971.

A l’occasion de Paris Cinéma, Peter Fonda est devenu programmateur. On lui a laissé carte blanche pour quelques films. Il a choisi Les plus belles années de notre vie et La femme des sables, deux films inattendus, et pourtant à la croisée des chemins de son cinéma. Et l’on découvre comment un film japonais en noir et blanc, huis-clos dans le désert fait de sable et de silence, devient la source d’inspiration première d’un western d’un nouveau genre qui commence dans une rivière. En remerciant Peter Fonda, on lui dit que, pour nous, L’homme sans frontière est un remake de La femme des sables, pour lui aussi, alors on sent qu’on est rentré, un peu, dans un univers particulier, celui d’un homme profondément cinéphile, qui a fait toute sa carrière devant la caméra, mais qui se défini plus volontiers comme un cinéaste.

Peter Fonda réfléchi. Si ces mots coulent sans discontinuer, que son esprit vagabonde, tout semble pensé, monté, combiné, pour partir du particulier et arriver au général. Le particulier, c’est aujourd’hui, Paris Cinéma, son film ; le général, c’est une fascination pour le vie, les femmes, l’univers. « Je ne suis pas un homme de religion ». Voilà ce que vous répétera Peter Fonda à plaisir. S’il cite les évangiles, ce n’est que pour mieux leur tordre le cou, mais l’on sent que, là aussi, se met en place une sorte de fascination qu’il ne maîtrise pas tout à fait. De la terre on passe au ciel, en passant par la mer avec les deux fétiches qu’il sort de sa poche, deux dauphins en métal doré. Des anecdotes sur le tournage de L’homme sans frontière, on passe à une métaphysique particulière. On comprend que Peter Fonda ne vit pas dans les mêmes sphères que le commun des mortels.



Deux films primordiaux

Paris Cinéma m’a d’abord demandé de sélectionner dix ou douze films parce qu’il y aurait peut-être des problèmes pour trouver des copies. J’en ai donc proposer douze, dont deux qui me tenaient énormément à cœur, Les plus belles années de notre vie de William, Wyler, et La femme des sables de Hiroshi Teshigahara, qui heureusement ont pu être projetés. J’ai vu ce film à l’âge de quinze ans. Je n’avais aucune idée que je voulais faire carrière dans le cinéma, je ne savais pas que je deviendrai acteur, mais c’est un film qui m’a énormément marqué, à cause de son travail sur l’image et sur le silence, c’est pour moi particulièrement intéressent de faire un film sur le silence, et Les plus belles années de notre vie, c’était à cause de la pertinence de son propos. Ce sont des aspects qui ont beaucoup compté pour moi dans mon travail de réalisateur. J’aurai voulu que vous voyiez la liste des films que j’avais choisi, il y avait des choses très différentes, aussi bien Truffaut que Mizoguchi, Ford, Hawks, Bunuel... C’était important pour moi que des jeunes voient Les plus belles années de notre vie, il a été fait en 1946, c’était une période d’exaltation après la guerre, on parlait de bravoure, et ce film montre le côté le plus obscure, le plus terrible de la guerre, comment la guerre a marqué la société américaine.