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DVD

MES PARENTS

de Rémi Lange
Par Axel CADIEUX

SYNOPSIS : Portrait du couple, étrange et inquiétant, que forment une femme obèse et son mari répugnant.



POINT DE VUE

Une maison isolée, en Provence. Un couple de paysans cinquantenaires, caricaturaux. Lui regarde un film porno, elle promène une poussette vide dans le jardin et parle à un bébé imaginaire. Un peu plus que des beaufs, donc ; des beaufs dangereux. Entre Calvaire et les Deschiens. Rémi Lange déguste le tableau et en exacerbe le moindre détail. Le gros plan sur l’oeil torve est récurrent, tout comme les doigts boudinés qui se croisent, se décroisent, et la complaisance autour de la pellicule du cheveu gras. Ici la recherche de l’humour engendre donc la condescendance, à moins qu’elle ne la justifie. A moins que ce ne soit l’inverse. Mais le cinéma marche dans les pas de la morale et le regard de Lange, ce regard-là en particulier, peut s’avérer plus déterminant qu’il n’y paraît. Ce mépris est gratuit et sans fondement, débusque les effets sans en rechercher les causes et pire, tente de le légitimer par le biais de l’humour. Je ne ris pas, ou peu, mais j’adhère et j’apprécie.

Il en est assez du rire moqueur et potache. Rémi Lange ne peut pas bâtir son film sur ces uniques fondations ; déjà, il tourne en rond et le rythme n’est plus. L’excès s’essoufle. Le meurtre survient. Le couteau perfore les artères, brise les os et provoque le gémissement de Francis. Il lui a toujours promis un enfant, un vrai, pas un de ces poulets qui pourrissent les uns après les autres au grenier, engoncés dans ces pyjamas de nourrisson ; il lui a toujours promis un enfant et n’a jamais tenu parole. Au diable Francis. Mort au rire moqueur, place à l’onirisme et à la folie meurtrière. Spermatozoïde à deux têtes, mort-vivant agacé par ses vers, viol libérateur. Le film de Rémi Lange est définitivement un OVNI au sein du cinéma français, comme il a pris soin de le déclarer furtivement par le biais de la télé de Francis, toujours allumée. Un OVNI sans limite qui n’hésite pas à détruire les frontières de la bienséance. Alléluia. De nos jours, en effet, le viol est synonyme d’outrecuidance et le mort-vivant d’innovation. De nos jours, ce n’est plus la mise en scène du meurtre et sa puissance qui importent mais les modalités de l’acte, la folie déjantée du barbare et l’innocence crasse de la victime. Le film de Rémi Lange est un OVNI. Un OVNI qui représente le viol en scrutant l’oeil décidément bien trop dégueulasse de Francis, et décide de délaisser, d’occulter ce qui fait tâche. Un OVNI terriblement consensuel qui recule devant ce qu’il était voué à atteindre. Le domaine du corps, de ses excès et de ses erreurs, le domaine des sécrétions humaines et du sang qui coule était l’atout couillu de Mes parents, mais il s’avère n’en être que la carapace toute artificielle. La cour des petits se révèle plus large que prévu et va donc jusqu’à englober les hérauts de la contre-culture. Triste production.

Le point de vue est forgé, presque définitivement. Encore quelques minutes. Annie, en cavale, se retrouve à Paris et fait la connaissance de Sandra, jeune et jolie hermaphrodite attirée par les vieilles femmes qui se déguisent en hommes. Rémi Lange va toujours plus loin, et Mes parents est décidément un vrai film décalé.

Jusque l’orthodoxie. Un lit et deux corps. L’un déformé par la graisse, figé dans un immobilisme désespéré, dans l’attente ; l’autre, attirant, excitant, enclin à tout mouvement mais meurtri par une légère excroissance déterminante au-dessus du sexe. Dans leur pudeur, dans leur timidité, les corps se mêlent et la peau brûle, les mains caressent les seins et les sexes s’embrassent pour mieux survivre. Pour la première fois, au bout d’1h30, Rémi Lange laisse parler la matière, ne laisse transparaître que les murmures et ne cache plus rien. Empli d’une infinie tendresse, il filme ici l’une des plus belles scènes de sexe de ces dernières années, qui éclipserait même le reste de Mes parents si une pauvre et agaçante conclusion ne venait pas fermer cette petite chose étrange, bancale et affectueuse.