Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

ZIDANE, UN PORTRAIT DU 21E SIECLE
de Douglas Gordon
et Philippe Parreno
Par Pierre GAFFIE

SYNOPSIS : Un portrait spectaculaire, magique, en temps réel et en action de Zinédine Zidane donnant au spectateur le sentiment d’être placé sur le terrain aux côtés du joueur. Tourné le 23 avril 2005 au stade Santiago Bernabeu durant un match de championnat de la Liga espagnole opposant le Real Madrid à Villareal, ce film colle aux crampons de la star du ballon rond durant l’intégralité de la rencontre, grâce à dix-sept caméras haute-définition capturant ses moindres faits et gestes.



Il y a, au tout début d’une chanson du dernier album de Peter Gabriel -Signal to Noise- un petit bruit étrange, auquel je suis surpris qu¹aucun journaliste musical n’ait prêté attention. Traitant de la dépression nerveuse, de la lutte pour communiquer, la chanson (un duo avec Nusrat Fateh Ali Khan) est suffisamment explicite pour que tout y soit scrupuleusement identifié (1)

C¹est exactement le cas du film Zidane, portrait du 21ème siècle, chef d’oeuvre de l’art contemporain, expérience mémorable dont on n¹a pas fini de parler dans les années à venir et dont le silence gêné ayant accompagné la sortie, est celui des cuistres, qu’ils aiment ou non le football.

On connaît le principe comme Resnais connaît la chanson : un belle soirée de Mai 2005, deux vidéastes, Douglas Gordon et Philippe Parreno ont planté 32 caméscopes numériques sur une proie facile même si toujours en mouvement, le footballeur français Zinedine Zidane. Ce dernier évoluait sous un maillot noir et blanc (involontairement un merveilleux symbole) appartenant depuis des décennies à l’équipe du Real Madrid. Une heure plus tard, les caméras (éclairées par le chef-op de Jeunet et de Seven, Darius Khondji et épaulées par le montage, proche de l’évanouissement, de Hervé Schneid) rendent leur verdict : un footballeur est avant tout un homme seul.

« Hey David ! ». On n’a pas rêvé. Quand un « galactique » s’adresse à un autre galactique, c’est uniquement pour lui demander -timidement- le ballon. On a beau avoir la trentaine passée, la retraite à portée de crampons, les joueurs de foot ne sont reliés entre eux par aucun esperanto : il faut réclamer la balle (à David Beckham en l’occurence). Cette phrase simple et mémorable (quand on est sensible à la mythologie) est -et c’est une surprise pour le spectateur- l’un des rares reliefs sonores de Zidane (le film). Car là aussi, les cinéastes ont choisi le décalage, la mise en abîmes pour mieux faire ressortir l’incongruité qu’il peut y avoir à jouer au ballon devant 90 000 personnes (aucune autre configuration sportive n’offre un tel décalage entre ceux qui sont vus et ceux qui regardent). En fait, pour résumer outrageusement, nous sommes plus près de 2001, l’odyssée de l¹espace que de Canal Satellite. La musique du film (omniprésente : un plus) signée du groupe Mogwaï m’a fait irrésistiblement penser aux nappes du film de Kubrick, celui que nous connaissons mais surtout celui qu’il a failli faire si les Pink Floyd (que Kubrick avait contactés) avaient donné leur accord. (2)