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LES INNOCENTS
Des femmes et du désir
Par Cécile GIRAUD

SYNOPSIS : A la fin du XIXe siècle, Miss Giddens, une jeune institutrice, est chargée d’éduquer Flora et Miles, deux enfants, dans un vieux manoir. Elle découvre bientôt que ces derniers sont tourmentés par les fantômes de deux personnes décédées quelque temps auparavant...


Réalisateur de seulement sept films, Jack Clayton a sondé la féminité, torturée dans l’amour et la maternité. Les Innocents répond avec force à ces deux problématiques, bien que l’une est dissimulée par l’autre, pour mieux se révéler.

Les Innocents pourrait être un film sur les enfants, de ces enfants maudits que l’on retrouve dans les années 60 avec Le village des damnés (c’est d’ailleurs le même garçon qui interprète les rôles de ces enfants habités). Un garçon et une fille, frère et sœur, sont inséparables, et vivent dans un monde d’adultes et de nature, c’est-à-dire de luxure et d’innocence.

Le film débute sur du noir, d’où s’élève une chanson, un sentiment de tranquille mélancolie, avant même le logo de la Fox. Quelques bruits d’oiseaux se font entendre alors que le générique commence, puis des mains jointes apparaissent, des mains de femmes, qui révèlent un visage et une voix-off ( « Ce que je veux c’est sauver les enfants, pas les anéantir »). C’est sous-tendu par ce sentiment inquiétant que débute le film en lui-même, et avec cette question « Avez-vous de l’imagination ? ». Elle est posée à la femme qui nous a été révélée, par un homme, oncle et tuteur de deux bambins orphelins, envoyés à la campagne pour le laisser à sa tranquillité. Elle aime les enfants plus que tout, mais est sans expérience. Elle fera une gouvernante idéale. Il lui donne les pleins pouvoirs, et c’est ainsi adoubé qu’elle part en calèche pour la demeure perdue.

On ne se lasse pas de le répéter, mais « lorsqu’il eut traversé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre ». Cette fois, le pont est une grille et les murs qui encerclent le domaine. Et ce n’est pas le cocher qui refuse de l’emmener jusqu’aux lieux, mais elle, qui descend pour aller à pied, et profiter de la nature splendide qui s’offre à elle. Dès les premiers pas se dessine un autre univers. Une voix sans corps appelle un prénom, celui de la petite fille, que Miss Giddens (Deborah Kerr, qui, en résonnance, joue le rôle d’une bonne soeur dans le film de Michael Powell, Le Narcisse Noir) découvre près du lac, dans une nature luxuriante. Pourtant, « tout se fane » selon la femme de ménage, la bonne Mrs Grose, enfin, seule les fleurs coupées, et en particulier les roses, qu’elle ne se lasse pourtant pas de ramasser et de mettre en vase, dans toutes les pièces. Le film sera rythmé par les pétales qui, un à un, tombent doucement.

Arrivées à la porte de la demeure, Miss Giddens, accompagnée de Flora (fille de la nature s’il en est...) est accueillie par Mrs Grose. Elle nous apprendra que la femme de chambre habite elle aussi dans cette maison. Univers exclusivement féminin, il est pourtant hanté par l’esprit du petit Miles (« master Miles » comme l’appelle Mrs Grose), envoyé en pension, et dont chacune vente les mérites, sa sœur comme la femme de ménage. Il prouvera bientôt que les enfants ont bien un sexe.