Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

LES ANGES EXTERMINATEURS
de Jean-Claude Brisseau
Par Nadia MEFLAH

SYNOPSIS : François, cinéaste, s’apprête à tourner un film policier. Il fait passer des essais pour une scène de nu à une comédienne qui lui révèle le plaisir qu’elle éprouve dans la transgression de petits interdits érotiques. Poussé par le désir d’apporter quelque chose de nouveau dans le cinéma, il décide de mettre en scène un film mi-fiction mi-réalité, tournant autour de ce qui se révèle de façon inattendue une énigme et un tabou : les petites transgressions qui donnent du plaisir. Sa recherche dans le domaine érotique le confronte à des questions de fond auxquelles, tout comme Icare s’approchant du soleil, il va se brûler les ailes.



Rappel des faits

Jean-Claude Brisseau a réalisé Les Anges exterminateurs en 24 jours de tournage en septembre 2005, alors qu’au même moment il faisait l’objet de plaintes de la part de deux actrices à propos d’un film précédent, en l’occurrence Choses Secrètes (sortie en novembre 2003). Elles lui reprochaient de leur avoir fait passer des "essais érotiques" pour ensuite leur refuser les rôles. La justice a tranché en décembre 2005 en faveur des plaignantes et condamné le cinéaste à un an de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende. A ce jour, le cinéaste n’a pas fait appel.

Un an plus tard sort sur les écrans ce qui semble être, à première vue, une tentative d’autojustification de la part d’un cinéaste connu pour sa capacité à transcender le social et le politique en une énigme existentielle. Or, au regard de ce qui s’est dit et écrit au sujet de cette « affaire », qu’est-ce que ce film ?


Un rire d’enfant

Le plus surprenant, de prime abord, est son versant comique. Brisseau maîtrise l’art et la manière de mélanger les situations hétérogènes, de manière incongrue et finement maîtrisée. Le comique de répétition, cher au burlesque, affleure alors que nous assistons aux efforts plus ou moins pathétiques qu’entreprend notre héros, François parti à la recherche de sa perle rare. Une saynète nous montre un François qui regarde patient ces femmes qui n’hésitent pas, pour certaines (alors que d’autres s’échappent en quatrième vitesse !) à se dévêtir pour des raisons qui lui resteront toujours inconnues. Mine pensive, déconfite, curieuse, perplexe, effarée, toute la gamme des émotions du créateur passe sur ce visage filmé en champ contre-champ alors qu’il observe le résultat de son entreprise. Lorsque l’humour s’allie à l’éros, cela donne une tonalité que seul un homme comme Brisseau assume avec classe. François (l’acteur Frédéric Van Der Driessche a joué sur la mimésis avec ses chemises ouvertes et ses jeans, tenu brisseaunienne par excellence) est vraiment sincère lorsqu’il affirme vouloir percer le mystère de la jouissance féminine. Cette curiosité d’enfant - cette volonté de puissance, est le moteur de toute l’œuvre du cinéaste Brisseau depuis plus de 30 ans.