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VOL 93
L’heure de la révolte
Par Bill KELSO

Vol 93 n’est pas le film-hommage que l’on a voulu nous vendre. Entre les lignes, se cache une violente remise en cause de principes adoptés par nos sociétés post-modernes sans même s’en rendre compte : la prééminence du virtuel et de l’hyperréalité si chère à Baudrillard. Pour les humains, l’heure de la révolte a sonné...


L’axiome est connu : aucun film n’est neutre. Ils parlent tous de leur époque, voire la commentent, d’une manière ou d ’une autre. Emettre l’hypothèse inverse revient à nier l’irréductible dimension politique de l’art et de la création en général. Pourquoi, alors, parmi les plus farouches défenseurs de Vol 93, s’en est-il trouvé pour s’extasier devant la supposée neutralité du film, sa soi-disante dimension factuelle ? Aberrant. Aberrant de prétendre atteindre la Vérité par la fiction, aberrant, surtout, de faire de cet argument la ligne de défense ultime : "Tout est vrai, ce film est intouchable !". Eh bien, non. Non, Vol 93 n’est pas ce témoignage objectif que l’on a voulu nous vendre. Non, il ne fait pas seulement oeuvre de mémoire. Non, l’hommage rendu n’est pas exclusif. Quand bien même le réalisateur l’aurait-il souhaité, son oeuvre finit toujours par le dépasser et parler de sa propre bouche.

De Vol 93, tout le monde ne retient que la seconde partie, celle, puissante et viscérale, qui retrace dans le détail les toutes dernières minutes des passagers. Quoi de plus normal ? Greengrass y déploie ce style "documentaire", épileptique diront certains, qui, forgé pendant sa carrière télévisuelle, a fait sa réputation dans le landernau cinéphile. Comme dans Bloody Sunday, il organise un ahurissant chaos de cris et de corps, validé par une caméra tremblotante "comme si on y était". Il s’en trouvera pour discuter, à raison, de l’opportunité d’un tel style à cet instant : encore une fois, quelle vanité, quelle vacuité cette idée de caméra-vérité... Faux procès pourtant. D’abord, parce que ce choix de Greengrass reste cohérent avec le système référentiel bâti jusqu’ici. Resté indéfectiblement attaché à la notion de point de vue, confiné depuis 3/4 d’heure dans l’habitacle de l’avion, évacuant l’idée même d’extérieur (voir la vrille finale, vue au travers du gyroscope), le réalisateur n’a clairement aucune autres options esthétiques à disposition. Mais surtout, cette montée en puissance, conclue dans la sauvagerie et la bestialité, n’illustre aucun héroïsme, aucun esprit de sacrifice, mais bien un instinct de survie, une révolte ontologique enfin à l’oeuvre. "Enfin", car elle envoie dans l’échine du film une décharge d’humanité salvatrice. Qui justifie le chaos final. A vrai dire, cette conclusion violemment immersive et viscérale ne se ressent et s’apprécie qu’en vertu du rapport de force qu’elle entretient avec tout ce qui précède : la fameuse première partie, considérée comme absconse et simplement factuelle. Car c’est là, dans cette longue introduction, dans ces bunkers où s’égrennent chiffres, altitudes et coordonnées, que Vol 93 cache son propos.