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SIDNEY LUMET
Réalisateur
Propos recueillis
en novembre 2005
par Bernard Payen
Traduction par Sylvia PEREIRA
Remerciements chaleureux à Dany de SEILLE

Sidney Lumet était l’invité d’honneur en novembre 2005 de la sixième édition de « L’autre Cinéma », le festival de cinéma d’Arras organisé par la dynamique association Plan Séquence.

Petit bonhomme chaleureux, dépassant alertement les 80 années, Sidney Lumet répond avec précision et enthousiaste aux quelques journalistes venus le voir. C’est l’un des principaux cinéastes américains classiques, venu du théâtre et de la télévision.

Il fait son premier long métrage à l’âge de 32 ans : Douze hommes en colère, huis-clos haletant avec Henry Fonda, pose les jalons d’une oeuvre à venir, passionnée par les rapports de l’individu aux institutions (judiciaires, militaires, politiques, médiatiques). Sa filmographie est humaniste, généreuse. Profondément engagé, Lumet s’est toujours mis au service de ses sujets, privilégiant un style dit « invisible », presque transparent, une singularité de la modestie qui nous touche. Parmi les 40 films et plus qu’il a réalisés, certains sont inoubliables, tels que Un après-midi de chien (1975) avec Al Pacino, Network (1976), Le prince de New York (1981) ou Serpico (1973).

Lumet est également l’auteur d’un livre admirable sur le cinéma et la petite fabrique des films : Making Movies, malheureusement non traduit en français.



Objectif Cinéma : Que vous inspire l’idée de « rétrospective » de vos films ?

Sidney Lumet : D’habitude, je n’aime pas du tout regarder mes films. Je ne me rappelle plus de la dernière fois où j’ai regardé l’un de mes films en entier. Il y a quelques mois, j’étais devant des étudiants, ils voulaient discuter de l’aspect technique de 12 hommes en colère, mais arrêtaient sans cesse le film pour discuter d’une question ou d’une autre.

Très souvent, quand il y a une rétrospective de mes films et que je présente l’un d’entre eux, je reste peut-être 5 minutes au début et s’il y a un débat à la fin, je reviens pour les dix dernières minutes du film pour me le remettre en tête parce que je l’ai oublié ! C’est parfois nécessaire parce que je les ai faits parfois il y a si longtemps ! Par conséquent les rétrospectives de mes films me sont utiles, elles me permettent de me souvenir d’eux !


Objectif Cinéma : Vous avez souvent parlé d’un style qui ne se voit pas à propos de vos films : « unseen style ». Que vouliez-vous dire ?

Sidney Lumet :
Je pense que rien ne doit vous écarter de votre rapport au film sur un écran. C’est une question très intéressante. Vous savez ce qui se passe quand vous regardez un bon film ? Vous entrez dans la salle, vous êtes conscient de la personne que vous avez en face de vous ou à côté de vous, de votre paquet de pop corn, de votre boisson... Si le film que vous voyez est bon, tout cet environnement disparaît. Vous arrêtez de manger et les personnes autour de vous n’existent plus. Vous êtes attiré par l’écran, dans des circonstances totalement étranges. Si vous regardez un film de Kurosawa, par exemple, vous n’avez évidemment rien en commun avec un samouraï ou un paysan Japonais. Mais vous êtes pris par ce que vous voyez sur l’écran.