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LA COMEDIE :
COMIQUE FRANÇAIS, HUMOUR ANGLO SAXON

Par Caroline de KERGARIOU
scénariste de télévision
et membre fondateur de
l’Union des Scénaristes

Parmi les genres du cinéma, la comédie tient une place à part. D’abord historique car les Grecs n’en connaissaient que deux : tragédie et comédie. Ensuite puisque la comédie est un type de traitement et non d’histoire (à la différence du polar ou du porno par exemple), peuvent être taxés de comédies un nombre considérable de films qui sont par ailleurs des films d’horreur (C’est arrivé près de chez vous), des comédies romantiques (Quatre Mariages et un Enterrement), des films de gangsters (Les Tontons Flingueurs), etc, etc...



Paradoxalement la comédie est aussi adulée (par le public) qu’elle est méprisée (par la critique). La Palme d’Or ne reviendra jamais à une comédie, toujours à un film « sérieux ». Comme si la comédie n’était pas sérieuse, c’est-à-dire qu’elle serait légère, futile, sans importance.

Cette idée a un long passé derrière elle. Aristote ne nous dit-il pas : « Le rire causé par les faits résulte de la pratique d’une danse grotesque... » (1) ? Ici se reflète l’origine du mot comédie qui désignait au tout départ un spectacle de chants et de danses en l’honneur de Dionysos. « La comédie est l’imitation d’une action ridicule » (2) nous dit encore Aristote, « Le style comique est vulgaire et populaire « (3), « Les Mœurs de la comédie sont la bouffonnerie, la dissimulation et la fanfaronnade » (4).

Nous voilà dans le domaine de la farce, de la pantalonnade, du comique troupier, du rire gaulois... voire de la blague belge ! Pour les Grecs, rire consiste à se moquer des ridicules et des faiblesses humaines. On est dans le comique « peau de banane » et on y restera longtemps, témoin Molière qui pense nous amuser avec les mésaventures d’un avare, d’un hypocrite (Tartuffe), d’un snob (Le Bourgeois Gentilhomme, d’un pédophile (L’Ecole des Femmes), de femmes révoltées par la vulgarité (Les Précieuses Ridicules) ou l’interdiction qui leur est faite de s’instruire (Les Femmes savantes)... On glisse vite de la facilité à l’odieux et pourtant, aujourd’hui encore Molière reste le parangon de la comédie française.

Cet esprit français culmine au XVIII° siècle où les beaux esprits se montrent spirituels en lançant des traits (synonyme du mot flèche) d’esprit qui se doivent d’être piquants. Les termes utilisés révèlent que le rire, à cette époque, doit tout à l’agressivité. Etre drôle, c’est être méchant. On pense à cette phrase célèbre : plutôt se fâcher avec son meilleur ami que renoncer à un bon mot.