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LES FRERES QUAY
Entretien réalisé
le 29 août 2006
par Cécile GIRAUD

A quoi s’attendre lorsque l’on rencontre les frères Quay ? Réputés peu loquaces, d’une nature introvertis, parlant peu de leur travail, on les imagine plutôt en ermites gothiques, à l’image de leurs films faits de marionnettes aux yeux creux et de parcours labyrinthiques. Il émane des frères un magnétisme flottant, dont la ressemblance est aussi troublante que la dissemblance. Ces géants se cachent dans leurs habits noirs pour mieux, peut-être, dévoiler les dérivations de leurs esprits.

Alors que L’accordeur de tremblement de terre sort enfin en France (deux ans après sa réalisation), et que celui-ci privilégie l’humain à la marionnette, ils nous parlent d’une douleur paradoxale, celle d’une certaine impossibilité de l’animation. Pourtant, ce sont bien les marionnettes qui rythment la vie de hommes.



Objectif Cinema : Pourriez-vous tout d’abord nous parler de votre dernier film L’accordeur de tremblement de terre, et de sa production ? Comment s’est passée votre collaboration avec Terry Gilliam ?

Les Frères Quay : Nous aimons son travail, nous aimons sa vision. Nous connaissions le travail de Terry Gilliam assez bien à travers le théâtre. Terry était en quelque sorte le patron d’un petit théâtre indépendant. Nous l’avons rencontré lorsqu’il a vu l’une de nos productions, le Feydeau. En réalité, on lui a proposé de mettre son nom sur l’affiche du film, sans qu’il ait besoin de s’investir dans la production, il a dit oui, et n’a rien fait sur le film lui-même. Ca nous a ouvert toutes les portes des financiers.


Objectif Cinema : Pourquoi tant de temps entre Institut Benjamenta et L’accordeur ?

Les Frères Quay : Le film a mis dix ans à se faire. Personne ne nous faisait confiance. Les gens devaient penser que le film ne serait pas assez accessible, trop « intellectuel ». Institut Benjamenta a été produit par Channel 4 en Angleterre, après ça, ils nous ont expliqué que, si on voulait que Channel 4 produis un second film, on devait respecter trois règles : 1/ le genre du film doit être reconnaissable, 2/ le film doit être en couleur, 3/ le film doit être accessible. On a dit « bien sûr, pas de problème ! ».


Objectif Cinema : Donc, pour vous, vos films ne sont pas « accessibles ».

Les Frères Quay : C’est difficile de définir ce qui est accessible. Qu’est-ce qui devrait être accessible ? Ce qui n’est pas accessible n’est-il pas valable ? Les gens vous marginalisent. Ce n’est pas la faute des musiciens, écrivains ou réalisateurs, de Bruno Schultz ou Robert Volter. Bien sûr, ce ne sont pas des Dostoïevski, mais même Dostoïevski a eu de problèmes en son temps, il devait être considéré comme un marginal.