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INVITATION TO THE DANCE
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Trois paraboles sans paroles, mimées comme du temps du muet, dansées comme dans un faux musical, sans aucun lien entre elles, enregistrées à Londres en 1952, avec la crème des étoiles du ballet européen...



Ce projet ambitieux fut porté à bout de bras par le danseur et vedette écranique Gene Kelly qui parvint à convaincre la MGM de lui confier la réalisation, non d’une séquence de ballet, comme la bobine finale d’Un Américain à Paris (cf. l’article sur ce film), mais d’un film entièrement voué à la danse, autrement dit, 1h33 sans le recours/secours des béquilles dialoguées et chantées du musical - avec des arguments ténus, réduits à de simples amorces narratives. Un film conçu comme une soirée de gala. S’y succèdent trois ballets n’ayant rien en commun ou presque, faisant la part belle à un art délaissé, datant du cinéma muet, la pantomime, discipline que le cinéaste a toujours pratiquée avec dilection - le moindre de ses déplacements, ici comme dans des films tels que Brigadoon, est ralenti, prémédité, anti-naturaliste. Les trois tableaux ont pour fil rouge Gene Kelly. Dans Circus, il incarne un clown blanc, un Pierrot lunaire avec, pour Colombine bien-aimée, la délicate, exquise, séraphique, diaphane Claire Sombert au sommet de son art - physique avenant, visage opalin, lèvres églantines, prunelles azurines... Dans Ring Around the Rosy, il interprète un marine et tente d’initier au jazz l’encore raide Tamara Toumanova, trop dans la réserve, le quant-à-soi, le maintien, la distance, la retenue mais qui, petit à petit, se décrispe, se décontracte, s’émancipe dans leur pas de deux, tandis que la coquette et coquine Claude Bessy, pas encore tout à fait la mère-fouettard à la Marie-Ségolène qu’on a connue, campe un modèle de peintre crevant l’écran de son jeu pétillant, minaudant, maniéré, précieux. Dans Sinbad the Sailor, Gene, qui s’est distribué dans le rôle-titre, de blanc vêtu à la Popeye, est le partenaire de Carol Haney et de personnages de cartoon - il avait déjà dansé avec un fantasme, la souris Jerry, autre star de l’écurie MGM, dans Anchors Aweigh (1945). Joseph Barbera, William Hanna et Fred Quimby, usant de la technique du rotoscope des frères Fleischer (cf. Mary Poppins), réalisèrent ce merveilleux dessin animé. Ainsi, mine de rien, Gene Kelly libère la danse de toute pesanteur : le décor en trompe-l’œil, très commedia dell’arte, de Circus, se schématise dans le deuxième sketch où il devient un tableau à la Dufy, un dispositif scénographique expressionniste à la Karl Heinz Martin, et finit en pure graphie, en a-plat à la Jarry (et à la Jerry), en incrustation (truc turc) avertyenne annonçant les danseurs synthétiques actuels (cf. Biped de Cunningham et autres Captives des Corsino).