L’intrigue de L’Enfer des Zombies, expliquant l’animation des morts par le vaudou antillais, est superficielle, les personnages sont pour la plupart unidimensionnels, mais ces défauts sont contrebalancés par des maquillages putréfiés très réussis. Alors que dans Zombie, la crédibilité des morts-vivants pâtissait d’un maquillage bleu-gris un peu léger de la part de Tom Savini, Giannetto De Rossi a fait des miracles sur le tournage de L’Enfer des Zombies, malgré un budget limité. Ses zombies déliquescents, assez proches des momies égyptiennes, sont assez impressionnants, en semblant tout droit sortir de la terre. Fulci n’étant pas Romero, L’Enfer des Zombies se contente donc de n’être qu’un film d’aventure, saupoudré par quelques scènes destinées à effrayer son audience.
Force est de reconnaître que certaines desdites séquences s’avèrent très efficaces, en particulier ce passage étonnant dans lequel un zombie égaré sous l’eau se bat contre un requin. A cela s’ajoute le sort tragique de l’une des protagonistes de l’histoire, dont l’œil est inexorablement attiré vers une écharde, par la main d’un mort-vivant bien sadique. Une scène éprouvante, censurée lors de la sortie en salles dans certains pays (notamment en Angleterre et en France), trouvant écho dans celle, non moins crispante, de Dead and Buried / Réincarnations (Gary Sherman, 1981), où une infirmière abominable plantait une aiguille dans l’œil d’un patient gravement brûlé, incapable de bouger. La sinistre musique au synthétiseur de Fabio Frizzi et Giorgio Cascio est tout à fait dans le ton des images.
S’agissant de la distribution, les acteurs de L’Enfer des Zombies ne sont pas d’une grande renommée, à quelques exceptions près. Anne Bowles est incarnée par Tisa Farrow, qui n’est autre que la sœur de Mia Farrow. Un an après, elle clôturera sa carrière d’actrice bien moins prestigieuse que celle de son aînée, en jouant dans un autre film d’horreur à la réputation sulfureuse : Antropophagus (Joe d’Amato, 1980). Mais le plus illustre demeure Richard Johnson, dont on retrouve la présence dans de nombreux films américains, en allant du très médiocre Never So Few / La Proie des Vautours (John Sturges, 1959), au film fantastique suggérant plus qu’il ne montrait The Haunting / La Maison du Diable (Robert Wise, 1963). Alors que dans Deadlier than the Males / Plus Féroces que les Mâles (Ralph Thomas, 1966), le personnage de Hugh ’Bulldog’ Drummond, simili James Bond, interprété par Richard Johnson, séduisait sans forcer tous les personnages féminins du film (Elke Sommer, Sylva Koscina, Justine lord, Virginia North, et bien d’autres !), le docteur David Menard de L’Enfer des Zombies doit se contenter d’attirer les zombies !
Obnubilé par ses recherches ayant pour but de découvrir ce qui fait revivre les morts, cherchant une explication scientifique au phénomène en refusant de croire au vaudou, Menard est trop occupé pour réaliser que son épouse Paola (Olga Karlatos) est au bord de la folie. Non seulement il aura l’imprudence de la laisser seule dans une maison éloignée, mais il ne pensera pas non plus à protéger son propre laboratoire des assauts possibles des zombies. Comme dans La Nuit des Morts-Vivants, les survivants de l’île de Matul vont alors se retrouver assiégés par les cadavres ambulants, même si l’assaut est traité de façon bien plus courte chez Fulci que chez Romero. Dans The Last Man on Earth (Sidney Salkow et Ubaldo Ragona, 1964), adapté du roman I am Legend / Je suis une Légende de Richard Matheson, toute l’humanité, hormis un homme, était décimée par un virus transformant la population en vampires. Un soir, l’unique survivant (Vincent Price) se retrouvait nez à nez avec sa femme (Emma Danieli) qu’il avait enterrée quelques heures auparavant. On retrouvait le même type de déchirante confrontation dans La Nuit des Morts-Vivants, lorsque l’infortunée Barbra (Judith O’Dea) rencontrait Johnny (Russell Streiner) son frère dorénavant zombifié. Une mésaventure similaire attend Brian Hull (Al Cliver) dans L’Enfer des Zombies. Décidément, il est difficile de parler du film de Lucio Fulci sans évoquer le travail de George A. Romero !