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DVD

PARADISE LOST & PARADISE LOST 2 : REVELATIONS

de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky
Par Jérémy CHATEAU

SYNOPSIS : Paradise Lost est un documentaire en deux parties produit par la chaîne HBO. Diffusé en 1996, le premier volet raconte comment, à la suite d’un crime particulièrement sordide, trois adolescents marginaux se retrouvent sur le siège des accusés. Jugés sur leur apparence plus que d’après les faits, ils finissent condamnés à de très lourdes peines.

Paradise Lost 2, diffusé en 2000, revient sur les lieux du crime. Suite au succès du premier documentaire, des comités de soutien ont vu le jour. Beaucoup sont convaincus que les accusations portées contre les trois adolescents ne sont pas fondées. Néanmoins, la justice demeure irrépressiblement aveugle et sourde.



POINT DE VUE

Le 5 mai 1993, les corps mutilés de trois enfants de huit ans sont retrouvés dans une clairière de West Memphis, une petite bourgade de l’Arkansas. Après trois semaines d’enquête, la police annonce avec aplomb avoir mis la main sur l’un des suspects, Jessie Misskelley Jr., un ado de 17 ans qui avec son faible QI et son allure mal assurée cristallise aussitôt les passions. D’emblée, il avoue avoir assisté au massacre, et met timidement en cause deux amis, le frêle Jason Baldwin (16 ans) et Damien Echols (18 ans). Ce dernier, plus massif et brillant que ses camarades, amateur de lectures ésotériques et de heavy metal, est il est vrai un meneur de bande tout désigné. Le temps que la police les intercepte, Jessie revient sur ses aveux, se rétracte, mais la machine judiciaire est en marche. L’opinion publique, elle, a trouvé ses coupables.

C’est ainsi que commence l’affaire de ceux que l’on appellera bientôt les « West Memphis Three », véritable épine dans le flanc de la Constitution américaine. Car si cette dernière est censée garantir à ses citoyens un procès équitable et la présomption d’innocence, c’est tout à fait l’inverse qui se produit ici : d’un côté, on découvre une défense maladroite assurée par des avocats aux honoraires dérisoires et privés du budget nécessaire pour mener à bien leurs recherches, de l’autre une accusation basée sur des témoignages improbables et néanmoins retentissants. Lorsqu’ils sont à la barre, les accusés sont traités avec une condescendance qui n’émeut personne. Comme si, dans ce coin perdu et fauché du sud des Etats-Unis, on se vengeait de ce sentiment d’ostracisme en appliquant ses propres lois, des lois dogmatiques qui renvoient à d’autres pages de l’histoire du pays. Damien Echols, expédié par un verdict unanime dans le couloir de la mort, évoque Salem, et l’on entendra souvent parler de « chasse aux sorcières » dans Paradise Lost 2...

Ce n’est pas seulement l’aberration judiciaire qui intéresse les réalisateurs. Très régulièrement, le documentaire nous invite hors du tribunal, au cœur de cette Amérique délaissée, l’un de ces lieux bercé par le télé-évangélisme, où l’on caresse avec une même dévotion fiévreuse le pistolet et la Bible. Les images qui en résultent sont souvent étonnantes : galerie de gueules cassées, de baraques branlantes, de familles brisées (seul Damien, semble avoir été élevé dans un environnement plutôt favorable)... A West Memphis, tout le monde a peur, et tout le monde inspire la peur. On y cherchera en vain le moindre édifice culturel, le moindre profil, même sensiblement, basané. Ecouter Metallica, groupe déjà pas franchement progressiste mais plutôt étranger aux références occultes, y est pourtant perçu comme un acte évident de satanisme.