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DANS LA PAIX DES FLANDRES
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS : De nos jours, dans les Flandres, Demester et de jeunes gars du pays partent soldats dans un conflit lointain. Amoureux de la jeune Barbe, Demester supportait ses moeurs étranges et ses amants. Attendant les soldats, seule en Flandres, Barbe dépérit. Face à ce conflit, Demester se transforme en guerrier. Tragiquement, la guerre exacerbera les sentiments et les liens de ces deux êtres, les menant aux extrémités de leur condition.



Il fallut un long silence pour que la pression redescende, que les visages se détendent et fassent que certaines mains se lèvent, comme on vise. Cette fois, au tour de Bruno Dumont d’être tenu pour cible. Esclandre, prise d’assaut même, confession de dégoût ou de fascination et bien souvent évidence d’un trouble profond. Refus martelé ou quelques plages fébriles de glose laudative et toujours la violence de Flandres en question. Le 29 août dernier, l’avant-première du quatrième film de Bruno Dumont fut clôturée par la manifestation d’une grande incompréhension.

Que fallait-il dire de ce que nous venions de voir ? Mais surtout, fallait-il le voir ? La violence sans fard des enrôlés, s’assignait-elle justement une mission ? Certains ont préféré partir, d’autres simplement applaudir, alors qu’il fallait peut-être juste entendre Adélaïde Leroux entourée de cette troupe qui dans le film l’escortent peu ou jamais. Dans Flandres, pute et coupable aux yeux du village mais aussi victime d’avoir à regarder les atrocités qui se déroulent pourtant loin des briques et des rideaux tirés, Barbe est toujours une amante, seule et cible d’un mal qui n’est pas montré mais à suivre de près. Devant l’écran, entre les réponses de Dumont accrochées à l’idée qu’à l’origine de son film était une histoire d’amour, il fallut un silence encore où l’actrice confiait qu’incarner Barbe, la faire aimer, exploser ou s’allonger sur la terre jusqu’à ce qu’y tombe le ciel, c’était répondre au « besoin de se faire mal ». Les explications exigées par un public qui, lui, exprima souvent le besoin d’être entendu ou éclairé, n’allèrent pas au-delà. Car il y a bien dans Flandres une violence que les images ne nous montrent pas. Latente, elle filtre, avant de siffler la trajectoire des balles, le paysage silencieux, humide et humoral de Demester, où Barbe se cache. Elle, apparaît alors muse qui à un moment donné ne sera plus désirée par ces hommes qu’elle a beau empoigner ou ignorer, contraints et finalement contents de quitter cet endroit où selon l’un d’eux « rien ne les retient ».

Non, Flandres ne sacralise pas, ne mystifie pas les liens de Barbe et Demester que celui-ci cache aux autres futurs troufions laissant au pays les filles qui les attendront sûrement. Mais le film nous confie un amour brutal dont la peinture ruine d’emblée psychologie, états d’âme et bavardages affectés. Un amour inavoué, donc, comme la première étape du long processus qui nous mènera en guerre, en plein désert, et effacera le paysage en longues attentes agressées par des tirs aux cibles quasi méconnaissables. Et il fallait bien sûr toute la poussière possible, le flou et l’indéterminé des conflits qui terrifient, pour masquer finalement Le crime ; celui de Demester commis pour la Barbe illégitime - laissée au bord d’une folie aveugle mais clairvoyante que l’on ne saurait s’expliquer ayant pourtant à y faire face - et dont elle sera le seul témoin.