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FESTIVAL DE DINARD

GLASTONBURY

de Julien Temple
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Documentaire de plus de deux heures consacré au fameux festival de musique de Grande Bretage, Glastonbury...



POINT DE VUE

La BBC, mise en cause, telle la voix de son maître, par certains des lanturlus interviououés dans le maelstrom du maestro Julien Temple (lequel, soit dit une bonne fois pour toutes, n’est ni le frère du professeur Robert, ni le père de Shirley ou de Dino) a, avec un certain fair play, il faut bien le reconnaître, joué le jeu et co-produit ce ruban long de 135 minutes - comme d’ailleurs quasiment tous les films vus à Dinard. Nul besoin de boissons énergétiques ou de boules Paul Quilès (comme le recommande, si l’on a bien compris, un des spectateurs de Glastonbury cochant sa check-list) pour apprécier l’œuvre - sans doute la plus aboutie, cohérente et politiquement audacieuse projetée de tout le festival de la cité balnéaire bretonne, élément à mettre au crédit du directeur artistique de la manifestation, Hussam Hindi - , dont on finit par oublier la durée extravagante (depuis qu’on n’y passe plus de courts métrages, on l’a déjà dit et redit, on ne sait plus faire court au cinéma) d’au moins une demi-heure de trop. On regrettera seulement la timidité, en termes dispendieux de dB, de l’opérateur de la salle Bouttet, certaines séquences rock méritant vraiment un niveau sonore à-fond-la-caisse. (A ce chipotage près, les projections de Dinard se sont toutes déroulées dans des conditions optimales, avec des copies neuves, impeccablement sous-titrées en direct par vidéo-projection. La ville est une cité à échelle humaine. Cela facilite la rencontre entre petite et grande Bretagne. L’accueil y est chaleureux. Les stars, comme Charlotte Rampling, qui fit ses débuts non pas dans la série The Prisoner, hommagée cette année par la programmation, mais dans The Avengers, en pimpante cow-girl au regard bridé, la ligne des paupières à rebours de celle des Asiatiques, les lèvres fines et légèrement plissées, les dents en porcelaine translucide, pas inquiétante pour un penny, aux côtés de la délicieuse tragi-comédienne Diana Rigg, souple dans ses bottes et combi Cardin, et les V.I.P, ou vieux hippies, logeant au palace dit le Grand Hôtel Barrère, les autres dans de charmants établissements comme le Printania, les pieds dans l’eau de la baie, et St-Malo en ligne de mire. Côté catering : huîtres de cancale en cascade et fruits de mer frais à profusion, que ce soit au Cancaven, sympathique brasserie du centre ville, à l’Abri des flots, restaurant plus chic mais tout aussi bienveillant, ou dans les autres établissements patronant la manifestation.)

Glastonbury. Lieu de villégiature estivale des hippies de 1970. Ibiza boueuse, de l’intérieur des terres, gigantesque. More puissance dix (à quelques mois près, on aurait pu y ou en être), puis de leurs congénères de plus en plus attardés (restés ou « demeurés » babas, mais, sur une durée de trente ans, après tout, c’est compréhensible), arbitrairement fixé près de la source du Saint-Graal qui concilia Celtes et Saxons. Lieu d’émanations telluriques positives, de bonnes "vibes". But de pèlerinage. Mèque et nouvelle Jérusalem décrites par la poésie de William Blake, où se serait manifesté Joseph Aramithea et, venu en catimini, Jésus Cricri Lui-même. Le doc est enluminé et illuminé d’archives en noir et blanc, dont certaines, assez gratinées, remontant aux années vingt voire dix, issues de fictions sulpiciennes tournées sur place, en plein air (et pleine aire à menhirs), récemment retrouvées dans des conteneurs du BFI, qui, sans alterner vraiment avec les plus récentes, se mixent à elles (et à une série d’autres : plusieurs centaines d’heures de rushes en tout), s’y fondent allègrement, franchement, parfois tout de même un peu à la va-comme-je-te-pousse, en un montage à quatre mains (donc assez moyen sur le plan esthétique, sans aucune aspérité) de type minorquin (terme trouvant son origine dans une autre île des Baléares, Mahon, où, d’après la légende, fut inventée la mayo). Les images sont donc de plusieurs sources et ont différents statuts - films en 35, 16, super 8, vidéos, actus, docs d’amateur, night shots, etc. - , elles sont, techniquement parlant, assez inégales, hétérogènes, plus ou moins nettes, bougées, filées (à l’anglaise, comme il se doit), parfois même grattées au niveau des visages de gens à qui on n’a pas pu faire signer de décharge, pour les camoufler ou les rendre anonymes. A ce niveau là, il convient de rappeler que les prises de vues les plus cohérentes sont dues à Nicolas Roeg, qui a filmé le festival quasiment depuis ses débuts.