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FESTIVAL DE DINARD

LONDON TO BRIGHTON

de Paul Andrew Williams
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Une prostituée et une jeune adolescente en cavale tentent d’échapper à un mac...



POINT DE VUE

London to Brighton est un thriller contemporain, hard, sombre et glauque, comme il se doit, avec ce qu’il faut de clichés à l’ancienne : une prostituée au grand cœur, une fillette fugueuse - faux poids SDF à la Dickens -, un marlou vaurien, redoutable et minable, un vieux micheton friqué, particulièrement vicelard, un boss de boîte de nuit froid et machiavélique, des scènes de clandé nocturnes, le Londres des quartiers à tapin déshérités... Avec également des scènes documentées, didactiques, bien scénarisées et dialoguées, détaillant le processus de manipulation psychologique de la part du proxo, le discours et la méthode de tout maquignon qui se respecte, le chantage sentimental qu’il fait subir à sa grisette, non exempt de menace sourde, latente (« Va baiser ces types pour moi ! »), sa logique du double bind (« Tu es vierge ? ») sa rhétorique en entonnoir (« Quelqu’un te protège dans la rue ? ») n’offrant aucune échappatoire à la victime, le travail de mise en confiance de la proie (ou poire) plus ou moins facile au moyen d’une comparse, d’une obligée, d’une femme de paille, d’une baronne, d’une entremetteuse, le harcèlement incessant, la violence, verbale ou réelle, le recours à l’argent facile, l’instinct ou sixième sens lui assurant presque à coup sûr la survie, les réflexes affûtés, le regard quiet toujours aux aguets, l’emploi de gardes du corps, on en passe et des meilleurs.

Les séquences se succèdent sèchement, sans s’appesantir sur des détails inutiles, les situations sont filmées soigneusement, l’image a une dominante bleutée, les flashes-back sont de rigueur, le montage est elliptique, nerveux. Parfois, la scène est difficilement supportable, cruelle (coup de rasoir sectionnant le tendon de la jambe droite du voyou, fille traînée par les cheveux, fusillade finale...). D’autres fois, on est dans l’effusion tendre et fraternelle (scène de petit matin à la plage de Brighton se terminant par un pano pas trop parano sur deux gobelets vides, emportés par la bise). La plupart du temps, l’indifférence est de mise, le morne est de norme, le film se donnant des airs de documentaire (discussion d’affaires avec menaces à peine voilées dans le café, au vu et au su de l’assistance, arrivée matinale des deux filles dans le refuge communautaire, passes sordides de la fille salement amochée, acceptant de baiser sans préservatif avec le premier intéressé qui passe, etc.).