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CAFE TRANSIT
de Kambuzia Partovi
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Suivant une coutume, un frère est tenu de recueillir chez lui et de la faire sienne la femme de son frère décédé. Ce qui ne va pas de soi, de nos jours, en Iran, surtout si la femme a fait l’apprentissage de l’indépendance économique par le travail...



Le titre anglais, Border Café, proche, euphoniquement parlant, de Bagdad Café, est, pour une fois, plus adapté à un film, dont l’action se situe pas loin des frontières irano-turco-irakiennes, que le titre français. Pour désigner l’intrigue, ce même anglais utilise volontiers le mot plot, qui peut prendre également le sens de complot, et qui semble provenir du latin plautus désignant le plat. Or c’est de plat(s) qu’il est question dans cette trame (ce drame) présentant bien des analogies avec des films culinaires tels que Tampopo (1985), Le Festin de Babette (1987), Yin shi nan nu (1994), Big Night (1996) ou Volver (cf. http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=4136). Cette coproduction franco-iranienne, qui a représenté l’Iran dans la catégorie du meilleur film étranger aux Oscars, montre la détermination entêtée d’une jeune veuve (une Mère Courage à l’iraniene et non pas à l’italienne : cf. http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=4194) en quête d’impossible : la rupture avec les mœurs ancestrales et la reconnaissance d’une indépendance économique via le gain honnête de son pain quotidien. Selon une tradition un peu archaïque sur les bords, la relativement jeune mère de deux fillettes doit automatiquement rejoindre le giron de son beau-frère. Par cette règle ou cet « effet beauf », un frère se substitue à un autre (le vivant remplaçant le mort après un semblant de deuil de la part de la veuve), et peut accessoirement et théoriquement cumuler femmes à l’infini. Ainsi donc, comme s’il ne suffisait pas d’ignorer la condition de la femme, on nie par la même occasion le statut de l’homme en tant qu’individu, sa singularité, son irréductibilité, tous les mâles étant interchangeables (cf. The Substitute de Vikash Dhorasoo). Sans parler des pauvres gosses (le beauf, curieusement, assez paradoxalement, insiste à raison pour que la fillette reste scolarisée et ne perde pas son temps à fabriquer des tapis, être surexploitée à faire la vaisselle ou à tenir compagnie aux clients de l’établissement familial). La jeune femme tente en vain (pour le fun ou la démo) de garder ses distances et, pour rester indépendante, rouvre le « ghaveh kaneh » (en farsi : lieu chaleureux et accueillant plutôt qu’établissement de type restoroute à la Jacques Borel) pour repas et repos du routier (toujours aussi sympa), du transporteur international, du cyclotouriste batave, du routard teuton et de l’automobiliste autochtone, propriété de feu son mari (après avoir dépoussiéré et repeint le local, en quelque sorte « restauré » le restaurant)...