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Certaines bizarreries de montage ne sont pas simplement dues à l’esprit tarabiscoté de l’auteure du film (quoique...) mais s’expliquent sans doute par le passage de la Censure islamiste iranienne qui a fait enlever, notamment, toutes les scènes (ou presque) de flirt entre les deux tourtereaux, c.à.d. entre le routier play-boy hellène aux yeux bleus et la veuve pas si joyeuse que ça. Des flash-backs un peu grandiloquents présentent les événements au passé (mais, à l’imparfait, nul n’est tenu), donnent, pour faire "dans le coup", "dans le vent", meaudaieéêèrneu, le point de vue de chacun des principaux témoins des événements et font du personnage de la veuve un véritable mythe persan. La pauvre bougresse est ainsi sanctifiée à l’autel (et hôtel) de la restauration (victime étoilée de M. Bibendum, quand on sait que le guide Michelin tire son origine des étapes de bord de route destinées à sustenter les premiers chauffeurs automobiles...). Notre Madelon est quasiment enterrée vivante par un récit à l’emphase maltapropose, anticipant sur l’issue pessimiste du film quant au sort des femmes en terrain machiste. Malgré ses invraisemblances (le Grec, qui n’a pas le physique de son emploi de driver, mais plutôt celui d’un gigolo ou d’un guignolo de l’île d’Hydra, drague la veuve au lieu de s’intéresser à la jeune orpheline, russe ou ukrainienne : on n’a pas bien suivi ; les autorités laissent faire la restauratrice, tolèrent son étrange comportement et attendent tranquillement sans faire pression, avec neutralité, le verdict du juge islamique ; le beauf ne jette jamais de regard concupiscent sur sa belle-sœur), le film est de tendance réaliste et le jeu des acteurs systématiquement naturaliste. Quelques envolées lyriques, favorisées par des chansons de variét’ orientale, viennent heureusement booster sa rythmique plan-plan aux accents straubiens.

L’appétit sensible, métaphore à peine tchadorisée du désir ou de la jouissance sexuelle, est finement cultivé et aiguisé par les vues en plongée sur les fourneaux. Parfois, on insiste un peu trop sur la quantité (plateau récurrent, en alu cantoche, plein à ras bord de riz safrané) plutôt que sur la qualité purement gastronomique ou sur le processus de cuisson - malheureusement, en près de deux heures de film, aucune recette de Shirin Polo, Albaloo Polo, Sabzi Polo Va Mahi, Kabab-e Soltani, Domeh-e Beh, Koukou Sabzi ou autres aubergines marinées et grillées au barbecue, aubergines Soraya, aubergines à la Tchaka, Mirza Ghassami (pour faire patienter le lecteur, nous donnons ici une des recettes de caviar d’aubergines qu’Anne-Sophie Pic confia à Robuchon lors d’une émission de France 3 : Préchauffer le four. Emincer 1/2 oignon. Laver 2 tomates et les couper en fines tranches. Laver 2 aubergines, les fendre en deux dans la longueur, les disposer côté peau sur une plaque de cuisson. Répartir l’oignon émincé sur la chair des aubergines, puis les fines tranches de tomates, saler et poivrer. Ajouter 1 petite brindille de thym frais sur chaque aubergine, et 1 filet d’huile d’olive. Glisser la plaque dans le four et laisser cuire 45 minutes. Retirer les brindilles de thym, mixer les aubergines avec leur garniture jusqu’à obtention d’une fine purée. Incorporer 1 cuiller à soupe d’huile d’olive, rectifier l’assaisonnement), Abgoucht Tabrizi, Ache Miveh, Khoreshte Gheimeh, Koreshte Fessendjan, Koreshte Ghormeh Sabzi n’est détaillée voire tout simplement résumée.