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D.R.La Gazette du doublage : Ces dernières années, vous avez tourné dans le sitcom Le miel et les abeilles . A ce moment, vous avez été connu par un public plus jeune ?

Guy Piérauld : Oui, bien sûr. Cette série était un sacré boulot ! On me mettait mon texte dans la boîte aux lettres, le soir, entre 21 heures et 21 heures 30. Je prenais le texte et cochais mes répliques et j’allais me coucher. Le lendemain matin, je prenais le train vers lorsque je partais vers 7 heures, je lisais mon texte dans le train, le métro et le bus qui me menait aux studios d’AB Productions. J’arrivais à huit heures et je disais : « On commence par quoi ? ». Pendant que l’on me maquillait, j’apprenais vite la première scène. Pendant qu’ils préparaient la deuxième scène, j’apprenais la deuxième scène. Et cela durait toute la journée... C’était très sympa mais fatiguant. En ce qui me concerne, j’ai tourné 80 épisodes sur un total de 200.


La Gazette du doublage : Avez-vous tourné pour le cinéma ?

Guy Piérauld : Je n’ai jamais passé un coup de fil de ma vie pour faire ce métier - ce que me reproche ma femme d’ailleurs... Lorsque l’on me demandait au cinéma, j’étais toujours étonné. Un jour, Alain Resnais m’a demandé pour Stavisky (1974). Je lui ai répondu : « Pourquoi moi ? » (rires.) Il m’a alors répondu qu’il m’avait vu jouer au théâtre.

François Truffaut était venu me voir au théâtre Fontaine. Je jouais avec Raymond Devos dans Les Pupitres . Après la représentation, nous allions boire un verre au café en face du théâtre. C’est là qu’un soir, Truffaut m’a proposé un rôle pour le lendemain. Je m’y suis rendu à 9 heures du matin. J’ai découvert alors que j’avais trois pages de texte à apprendre immédiatement. Il m’a dit que comme je venais du cabaret, cela ne me poserait sans doute pas de problème pour retenir le texte. C’était pour jouer un réparateur de téléviseurs. J’avais une scène avec Jean-Pierre Léaud qui se trompait tout le temps ! C’était pour le film Domicile conjugal (1970).


D.R.La Gazette du doublage : Comment êtes-vous venu au doublage ?

Guy Piérauld : Je crois que c’est grâce à Roger Carel qui en faisait déjà pas mal. Il a dû dire à un studio que je conviendrais bien. En 1962, je me rappelle que lorsque j’ai passé les essais pour doubler Bugs Bunny, nous étions, quand même, une douzaine de comédiens sur les rangs ! Lorsque l’on fait des essais, on n’a pas de noms mais des numéros. De 12 comédiens, nous sommes passés à 6, puis à 2. Et enfin, j’ai été choisi. La première fois que j’ai enregistré, le directeur de plateau, Jean Droze, a apporté une carotte. Je commence à jouer et je dis en grignotant la carotte : « Eh, quoi de neuf docteur ? » et je m’étrangle un peu... Je lui dis que je ne peux pas y arriver avec une carotte ! J’ai donc pris un sucre, car cela fond ensuite. Les premières fois, à chaque fois que je devais faire le grignotement, je croquais un sucre mais au bout de 35 ans, un sucre me faisait 4 épisodes ! (rires)

Il y a quelques années, deux responsables de la Warner viennent des Etats-Unis et veulent absolument me voir. Elles m’invitent à déjeuner et me disent qu’elles m’apprécient, qu’elles veulent que je vienne les voir à Los Angeles... 15 jours après, on m’avait remplacé ! Sans un mot, sans rien !