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DVD

COFFRET ANTONIONI

Le Désert rouge
La Dame sans Camélia
Chronique d’un amour
Par Cécile GIRAUD

A PROPOS : Après avoir ressorti Le Désert rouge au cinéma, Carlotta Films l’édite en DVD dans un coffret, accompagné de La Dame sans Camélia et Chronique d’un amour. Heureuse idée de rassembler le premier long métrage du cinéaste, Chronique d’un Amour (1950), mélodrame en noir et blanc, et son premier film en couleurs, Le Désert rouge (1964). Que s’est-il passé entre les deux ?



Dans Chronique d’un amour, une jeune femme, Paola, est mariée à un riche entrepreneur milanais. Elle retrouve son ancien amant, Guido, dont elle conserve le secret morbide, alors que son mari engage un détective pour enquêter sur sa vie passée. Dans Le désert Rouge, Giuliana est à l’image de Paola, jeune et belle, richement mariée. Mais alors que l’une ne sait résister aux appels de la passion, les provoque même, l’autre est en prise avec une profonde mélancolie, et ne connaît plus que ce sentiment, affolée par son rôle de mère, désorientée par celui de femme.

Dans Chronique d’un amour, le noir et le blanc s’affrontent. Pas beaucoup de gris. Les tons comme les sentiments sont radicaux, jusqu’à l’accident du mari dans la nuit noire. Pourtant, Antonioni n’est pas un cinéaste de l’absolu. Ou plutôt ses personnages sont toujours entre ciel et terre, dans le vague de leur esprit qui les conduit dans des lieux sans nom, sans vie, mais pas morts pour autant. Quelques années après Chronique et quelques unes avant Le désert, il tourne trois films majeurs avec Monica Vitti : L’avventura en 1959, La Notte en 1960, L’eclisse en 1962. C’est dans ces films qu’il explore encore plus à fond le noir et le blanc. Si bien que L’Avventura laisse une empreinte blanche dans le souvenir du spectateur, alors que La Notte laisse une trace noire. L’eclisse, ce sera le lieu de la non couleur, où rien n’est ni blanc ni noir, où l’on attend fébrilement que l’un ou l’autre vienne. Après cet entre-deux, ce sera Le désert rouge. Son premier film en couleurs, son dernier avec Monica Vitti avant Les mystères d’Oberwald en 1980. Son visage lunaire errant dans la blancheur des paysages de L’Avventura va prendre une nouvelle dimension dans des lieux étrangement décolorés.

Si Antonioni filme en couleurs, ce n’est pas pour faire un film naturaliste. L’inverse est plus vrai. Il fait recolorer l’herbe, repeindre les bateaux. Le ciel n’est pas bleu, il est gris, comme les fumées des cheminées de l’usine qui vireront au jaune d’ici la fin du film, marquant d’une teinte morbide l’air insalubre. Ces fumées contaminent tout. La violence du monde industriel transparait dans cette non-couleur, mais aussi étrangement dans des touches de couleurs agressives et froides (les machines de l’usine, le cadre du lit de Giuliana...)