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LIVRE

LA NOUVELLE VAGUE

Un cinéma au masculin singulier
de Geneviève Sellier
Par Jean-Michel BERTRAND

Présentation par l’éditeur : La Nouvelle Vague du tournant des années 1960 (Chabrol, Truffaut, Godard et les autres) est devenue le modèle de l’art au cinéma, associant la subjectivité du créateur, sa maîtrise sans partage de l’oeuvre et la transgression des normes aussi bien culturelles que morales. Paradoxe apparent, ce cinéma est resté à l’écart des contestations politiques, tout en étant auréolé d’une étiquette de gauche.

Mais, à l’époque où il naît, ce nouveau cinéma est d’abord apprécié pour l’authenticité des images de la jeunesse et des rapports amoureux qu’il propose. Dès 1957 s’impose la première star médiatique, B.B., qui exprime le désir d’émancipation sexuelle des filles, question particulièrement brûlante dans un pays qui continue à interdire tout débat sur la contraception et l’avortement.

Pourtant, le fait que ces jeunes cinéastes soient quasiment tous des hommes, va peu à peu déplacer l’enjeu de ce renouveau vers une revendication d’autonomie artistique qui évacue les questions de société pour privilégier l’expression de la subjectivité et le culte de la nouveauté formelle. De jeunes acteurs masculins jouent le rôle d’alter ego des cinéastes (Belmondo, Trintignant, Brialy), alors que les figures féminines incarnent un mélange d’archaïsme et de modernité. Jeanne Moreau, amoureuse éperdue ou femme fatale, la seule vraie star de la Nouvelle Vague, fait face à Brigitte Bardot, icône ambivalente de la culture de masse.

Les tentatives isolées de Marguerite Duras et Agnès Varda, pour passionnantes qu’elles soient, n’ont pas suffi à inverser la tendance lourde de ce cinéma d’auteur masculin, dont notre cinéma contemporain est largement l’héritier.



POINT DE VUE

Comment faire ? Comment penser ou déployer la chronique d’un livre qu’on n’aime pas (mais alors pas du tout) et dont le propos offensif repose sur un petit nombre de convictions idéologiques et sociologiques plutôt bien pensantes mais usées jusqu’à la corde, même si elles sont mises au service d’une thèse qui a toutes les chances d’apparaître comme audacieuse parce qu’à contre courant du supposé « consensus » cinéphilique. On l’aura compris à ma véhémence, il ne s’agit pas ici, d’un accord dissonant (il en existe de merveilleux tel celui de Deleuze et de Daney) ni d’un désaccord stimulant susceptible de provoquer un désir d’écrire, mais de divergences de fonds qui portent avant tout sur la façon de considérer et de penser les films et le (bon) cinéma.

Mais comment faire entendre une position critique lorsque le critique est un homme et qu’à ce titre, son propos risque de n’apparaître que comme le reflet de son point de vue masculin, ou machiste qui, bien entendu, le rend aveugle et hostile aux thèses « féministes » développées par l’auteur(e) ? En se disant, par exemple, qu’une critique émanant d’une femme aurait très aisément pu être révoquée de la même manière, parce qu’interprétée comme indice d’aliénation, reliquat inaperçu d’un regard masculin sur le monde et le livre. Comment faire, enfin, pour ne pas apparaître comme un cinéphile fétichiste incapable d’accepter et de supporter l’audacieuse et « courageuse » entreprise de déconstruction des mythes d’une Nouvelle Vague dangereusement idéalisée ?