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CINEMATHEQUE INFERNALE #2
De Bruit et de Fureur
de Jean-Claude Brisseau (1987)
Par Nicolas REYBOUBET

On était pas vraiment des téméraires dans la bande. On se levait vers midi avec un disque de Jonh Zorn, et accompagnés d’une tasse de café nous mettions au point le plan de la journée ; genre "grands stratèges", entre La Grande Évasion et Les Prisonniers d’Alcatraz... puisque c’est toujours d’évasion dont il s’agit. Limite on sentait que Cartouche allait nous sortir les décorations du grand père. Bottines et uniforme.



En général c’était plutôt : « glander sur les berges s’il fait beau » ou « passer chez un pôte gratter des Divx si c’est couvert ». Une vraie petite équipe de météorologues en herbe. D’ailleurs y’avait bien un de nous qui un jour avait dû y penser (chaque rentrée de septembre ça s‘agitait dans les méninges pour se trouver un avenir et obtenir des bourses). Après quoi y’aurait bien une séance à la cinémathèque.. des thésards à aller emmerder.

Finalement on avait traîné l’aprèm du côté du Mirail, là où se situe la FAC mais aussi les barres HLM.

Moi je n’y connaissais pas grand-chose au Mirail, parce que je n’étais jamais allé à la FAC.. pour le reste, c’était plutôt du côté du château que se tenaient mes origines. Ma grande mère était née là, dans ce monde de bourgeoisie provinciale d’un début de XXe siècle, que Flaubert, plume avisée, aurait décrite avec fatalisme, et dont moi, doux nostalgique, me sentais proche. L’arrière grand père, lui, était un hédoniste, un jouisseur, collectionnant peintures et grands repas, ayant eu le temps de voir couler la familiale affaire, moins celui d’observer les tours, là, toutes de béton, murailles hostiles, en bordure de propriété, où jadis, m’avait-on dit, trônaient arbres, rayonnaient jardins.

C’était la fin octobre et il faisait encore doux. Assis au bord de la Garonne, tandis que Cartouche et moi échangions nos impressions sur ces immeubles et ce bitume, que l’on ne voit beau que la nuit, un fait récent m’apparut :

’"-Alors là frangin, je te le dis tout net, ils ont eu la merveilleuse idée de nous le sortir en DVD. De Bruit et de Fureur. Ce n’est pas rien ce film. Je ne sais même pas si on peut dire que c’est un Brisseau. Non, c’est le Brisseau. Celui par où tout arrive. C’est là qu’un soir, je me suis dis que j’avais peut être quelques chose à vivre avec les films. 22 heures, dehors les lampadaires et le froid, le calme des cités dortoirs ; à l’intérieur l’éclat télévisé sur nos rétines. Je n’étais pas vieux, 15 ans, peut être 16. A minuit c’était fait, affaire conclue, deal, le monde allait basculer dans des noms d’acteurs, d’actrices, de cinéastes et des rêves de travellings fous. J’allais me promettre d’en savoir plus, et un jour, sans doute, restituer le don qui venait de m’être fait.