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CATHERINE BREILLAT
A l’occasion de la rétrospective Catherine Breillat au Champo (Paris 5ème)
Par Elise DOMENACH

EPISODE 1

La rétrospective des films de Breillat au Champo (Paris 5ème) a commencé en fanfare, le 18 octobre, par la projection de son premier long métrage, Une vraie jeune fille, suivie d’un débat avec la réalisatrice. Il y a trente ans, en 1976, Breillat jetait un pavé dans la marre de la morale bourgeoise française, avec ce portrait d’une jeune pensionnaire libre d’esprit qui découvre sa sexualité, pendant des vacances dans la province étriquée de ses parents. Depuis lors, Breillat a bâtit une filmographie cohérente projetée en intégralité : 10 longs métrages, et un court, dont les fameux Romance (1998) et Anatomie de l’enfer (2003). Cette rétrospective est l’occasion de découvrir, derrière la réputation de braise de la cinéaste, le cheminement d’une artiste qui n’a cessé d’interroger l’identité féminine, et qui explore non sans hardiesse les lieux communs de la représentation de la femme, depuis les années 1970.



Déjà, dans son premier film, Une vraie jeune fille, Breillat partait du langage commun ; d’une petite phrase assassine que toute jeune fille s’est entendue dire : « Tu es devenue une vraie jeune fille ! ». En renvoyant l’adolescente à ce que sa sexualité peut avoir de voyant, cette phrase fait naître la honte d’être femme ; cette honte qui, d’après Breillat, est constitutive de l’apprentissage du plaisir pour les femmes. La réalisatrice s’emploie à montrer ce qui est sous nos yeux et dont l’évidence même nous aveugle : les tabous qui pèsent sur le développement des femmes, au premier chef la virginité. Dès ce premier film, une œuvre se dessine, élaborée à la fois au cinéma et dans des romans (édités chez Denoël). Breillat ne construit pas un discours lorsqu’elle filme ; elle travaille sur la matière brute de nos réactions. Loin d’un prétendu goût pour la provocation, le scandale, on découvre une artiste qui réagit au monde qui l’entoure, et d’abord au carcan de la morale bourgeoise qui s’est refermé sur son adolescence niortaise. Elle prend position en rendant compte de son expérience de femme, en répondant à la situation faite aux jeunes filles. De son public elle attendra, comme de droit, une réponse tout aussi engagée et personnelle. Que ses films choquent et mettent dans la bouche des roublards les insultes les plus vulgaires ; elle ne s’en étonne pas, s’en satisfait presque : quand on gêne, on récolte des insultes. Sa démarche dérange. Car qui ne préfère pas rester idiot, inarticulé, devant l’exhibition de telles réalités ? Breillat nous met au défi de répondre au réel sans nous y dérober. On l’en remercie. Un premier pas sur cette voie est donc de réagir à ses films, en toute honnêteté.

Or à l’image de Une vraie jeune fille, les films de Breillat manipulent nos goûts et nos dégoûts, pour déstabiliser les normes morales qui gouvernent nos appréciations esthétiques (beau, laid). Et pour faire bouger nos catégories, elle ne passe pas par mille chemins. Dans Une vraie jeune fille, elle montre les jeux érotiques qui s’instaurent entre l’héroïne Alice et Johnny, le bellâtre qu’elle épie aux alentours de son aciérie : un ver se promène sur son sexe à elle, il lui met une plume de poule dans les fesses pour la voir caqueter à quatre pattes. Pour Alice, ces scènes sont autant de manières de braves les interdits que ses parents font peser sur elle, autant de manière de faire tomber sa grande culotte blanche pour explorer les mystères de sa sexualité.