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LES BANDES
DU SOUS-SOL #10

Avatars (suite et fin)
Kylie Minogue - Did it Again
Réalisé par Pedro Romhanyi (1997)
Par Stéphane KAHN


Tandis qu’en 1997 les Spice Girls - « groupe de filles » formé sur casting - règnent sans partage sur les hit-parades, Kylie Minogue enregistre l’album Impossible Princess avec l’envie d’en découdre et de casser sa lisse image de chanteuse « teenage » modelée depuis 1987 par l’écurie de songwriters londoniens Stock, Aitken & Waterman. Après l’écœurante pop synthétique de ses débuts, la voici donc, en 1997 - à 29 ans - qui injecte à son nouvel album guitares électriques, infrabasses et rythmiques techno héritées de la culture « rave ». Ce virage, il faut l’envisager dans la lignée de l’enregistrement, un an plus tôt, du duo funèbre Where the Wild Roses Grow sur l’album Murder Ballads de Nick Cave and the Bad Seeds. Pourtant, l’heure n’est pas encore à la « Kylie-mania » qui prendra son essor au début du 21e siècle puisque l’album Impossible Princess fut un échec. Le clip de Did it Again, où la chanteuse australienne se moquait de la concurrence du groupe anglais, vint sans doute un peu trop tôt mais demeure pourtant l’un de ses meilleurs.

À l’instar de Come into my World réalisé par Michel Gondry en 2003, Did it Again saisit la chanteuse dans sa singularité, dans son artificialité même, tel un petit précis maniériste sur l’image de la vedette pop protéiforme. À l’écran, ce sont quatre Kylie que l’on peut voir, chacune endossant une personnalité, une attitude particulière. Chacune est présentée clairement, chacune porte un surnom facilitant l’identification. « Sex Kylie », qui ouvre le bal, est vêtue d’une très courte robe bleue fendue. Ses cheveux blonds détachés lui tombe sur les yeux sans parvenir à dissimuler sa moue dédaigneuse. Outrageusement maquillée (lèvres d’un rouge éclatant, yeux cernés de noir), on pense à une Kylie tombée dans le chaudron grunge, à une Courney Love édulcorée. Arrive ensuite « Cute Kylie », cheveux tirés en arrière et queue de cheval. Dans son mini-short mauve, celle-ci, souriante et agaçante, évoque la gentille Kylie ado des années 80. « Indie Kylie », front dégagé, cheveux attachés, habillée de façon assez stricte marque justement l’écart très net avec l’adolescence et la futilité. Ouvertement adulte, assez stricte dans sa combinaison rouge, c’est une Kylie moins sexy qu’à l’accoutumée, annonçant peut-être une volonté littérale de changer de cap musical. « Dance Kylie », la dernière, comme son surnom l’indique, serait la Kylie hédoniste. Cheveux roux bouclés, cette fois-ci. Très sexuée, elle porte une robe rose moulante à la coupe asymétrique. Notons que c’est la dernière à arriver et que son identité n’est précisée qu’à la deuxième occurrence du refrain, comme s’il fallait voir en elle la vraie Kylie de Did it Again...

À la même période, donc, les Spice Girls, « goupe-produit » pour pré-adolescentes en mal d’identification, préfigurent les formations conçues sur casting dont la télé-réalité fera bientôt son miel. Cinq anglaises, pas particulièrement belles, mais toutes extrêmement typées, chacune jouant un rôle prédéfini dont elles ne sortiront jamais : la baby-doll (Baby Spice), la sportive carrément « mec » (Sporty Spice), la bourgeoise snob (Posh Spice), la métisse inquiétante (Scary Spice), la bimbo (Ginger Spice). Quand les éphémères Spice Girls se divisaient par cinq pour régner, Kylie Minogue choisit d’incarner dans son clip la diversité du groupe de filles à elle toute seule - mais aussi sa propre schizophrénie entre penchants « rock » et approche « dance » plus commerciale. Annonçant le clip de Gondry, Did it Again fait ainsi, déjà, de la démultiplication de Kylie - et de sa dualité - son programme. Mais là où c’est une même Kylie qui se dédouble dans Come Into my World (seul son environnement s’y dérègle), c’est, là, à quatre incarnations différentes d’une même chanteuse que le téléspectateur est confronté. Alors, où est la vraie Kylie Minogue ? Partout et nulle part sans doute...