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DARIO ARGENTO
Réalisateur
Rencontre animé
par Jean-Baptiste THORET
Propos retranscrit
par Frank CARANETTI
à l’occasion de la rencontre
Samedi 8 juillet 2006
à la Fnac des Halles à Paris

Imaginez une femme au visage monstrueux qui rend les hommes fou d’amour, et vous aurez, en quelques mots, l’histoire de Jenifer, l’épisode de la série « Masters of Horror » tourné par l’italien Dario Argento. Invité pour l’occasion par Jean-Baptiste Thoret à la Fnac des Halles le samedi 8 juillet 2006, le cinéaste, amoureux de Paris, revient pêle-mêle sur sa définition de l’horreur, ses projets, ses échecs, le cinéma d’horreur contemporain... et un étonnant périple en Inde.



Jean-Baptiste Thoret : Tu as dit que pour être un « maître de l’horreur », il fallait être quelqu’un de pur. Le « maître de l’horreur » est quelqu’un qui envisage le genre dans sa pureté. Qu’est-ce que c’est, être un « maître de l’horreur » ?

Dario Argento :
En Italie, il y a deux mois, il y a eu des élections, où, après 5 ans de désastres, un Président Silvio Berlusconi... je ne me souviens plus comment il s’appelle, je l’ai oublié... effacé...(rires du public) en cas de nouvelle victoire de cet homme je comptais venir vivre ici à Paris. Ma fille Asia Argento vit déjà à Paris. Puis un de mes amis m’a dit que la situation en France était différente de ce que j’imaginais... D’après lui le pays a changé. En tous cas, fini la politique, je ne suis pas comme Joe Dante qui ne fait que des films politiques. Moi je suis plus cynique, je ne veux pas de politique dans le cinéma. Le cinéma, c’est la pureté. John Carpenter le dit également, John Landis, George Romero... Tous les réalisateurs américains que je connais, les asiatiques aussi, sont purs parce qu’ils sont purs dans la vie, purs non seulement dans le cinéma ou dans leurs thèmes ; ce sont des gens qui ont une certaine pureté d’âme, qui sont comme les peintres du Moyen Age qui font des descriptions terribles mais uniquement pour éduquer les gens... C’est ce que nous faisons. Des descriptions terrifiantes pour que les gens se sentent mieux. Du cinéma d’horreur, pas le cinéma commercial comme les films d’horreur américains qui sortent depuis 10 ans, les films pour les enfants ou les « teenagers », les stupidités comme Scary Movie (rires du public). Le numéro 1, le numéro 2, le numéro 3... Seulement pour l’argent. Aujourd’hui le cinéma d’horreur recommence à s’adresser aux adultes et revient à la pureté. Pas pour l’argent. Des films bien faits... La pureté de Carpenter.


Jean-Baptiste Thoret :
Jenifer est adapté d’une bande dessinée de Bruce Jones parue dans la magazine Creepy. Qu’est-ce qui t’a intéressé dans cette bande dessinée ? Qu’est-ce qui t’a décidé à la mettre en scène ?

Dario Argento :
Le personnage de la fille. Ce petit monstre. Elle m’a touché, j’aurais rêvé d’elle, de sa vie, de sa sensualité terrible et magnifique. Une sensualité moderne, d’aujourd’hui. Pas la sensualité des « lolitas », une sensualité différente... forte, exigeante.