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IL DOPPIAGGIO
ou quelques reflexions sur le doublage en Italie
Par Pascal LAFFITTE
Merci à Adriana VETTORELLO

« Doppiaggio » n’est autre que le terme italien pour signifier « doublage ». Voici donc quelques reflexions sur cette pratique dans la langue de Dante... et de Casanova !



LE RECUL DE LA PRISE DE SON DIRECT

Dans le documentaire Vive l’Original (1), Bernard Eisenschitz, historien du cinéma et traducteur de film, livrait d’intéressantes informations sur le développement de la post-synchronisation et du doublage en Italie. Rappelons que la post-synchronisation (2) consiste à refaire dans la même langue, et avec généralement, mais pas toujours, les mêmes interprètes, tout ou partie des dialogues afin de les substituer au son du tournage, tandis que le doublage (3) est le réenregistrement en studio des dialogues d’un film pour les diffuser traduits dans une langue étrangère. A la fin des années 30, les autorités italiennes décidèrent que tous les films étrangers projetés dans le pays, devaient sortir en version doublée, afin de garantir un emploi aux acteurs italiens. Cette défense du métier de comédien, se manifestant par la primauté du procédé technique du doublage et de la post-synchronisation, eut pour effet d’éclipser pendant longtemps la pratique de la prise de son direct. Les films néo-réalistes de Roberto Rossellini mis à part, la plupart des films italiens d’après-guerre furent ainsi post-synchronisés. Il fallu attendre la fin des années 60 pour voir revenir le son direct. Mais de grands réalisateurs comme Federico Fellini lui préférèrent toujours les possibilités offertes par la post-synchronisation.


DITES UN, DEUX, TROIS !

En effet, Roberto Benigni, interviewé au sujet de Federico Fellini dans le documentaire Fellini : Je suis un grand Menteur (4), se souvenait que le réalisateur engageait des acteurs (professionnels ou non) dont il aimait le visage, sans se soucier de leur voix qu’il n’hésitait pas à ensuite faire post-synchroniser par d’autres ! Fellini se moquait du parfait synchronisme entre les voix et l’image. Au contraire, il trouvait que cela ajoutait au côté surréaliste de ses films, notamment La Voce Della Luna (1990). Dans La Nuit Américaine (François Truffaut, 1973), Séverine, l’actrice italienne incarnée par Valentina Cortese oublie son texte en plein tournage. Elle propose alors au réalisateur (joué par Truffaut en personne) de recourir au procédé qu’elle utilise habituellement lorsqu’elle est dirigée par Fellini. Au lieu de dire ses lignes, elle se met à réciter des chiffres, avec l’intention de se post-synchroniser ensuite avec les véritables dialogues ! Cette technique que nous appèlerons le « un, deux, trois », était réellement appréciée de Fellini. Terence Stamp le confirmait dans Je suis un grand Menteur, lorsqu’il relatait une anecdote assez drôle au sujet de Toby Dammit (5), moyen-métrage dont il tenait le rôle titre. Lors de la scène de la cérémonie, Toby Dammit voyait surgir une superbe femme, lui faisant une déclaration enflammée. Sur le tournage, Fellini était par terre, sous la caméra, en train de masser la jambe de la championne de natation (jouant la belle inconnue), en lui indiquant par ce geste à quel moment elle devait dire « un, deux, trois ! » Ensuite, il n’y avait plus qu’à lui trouver la voix sensuelle d’une autre actrice, pour que l’illusion soit parfaite !