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RETROSPECTIVE
FREDERICK WISEMAN

du 30 octobre au 26 novembre 2006
Par Emilie PADELLEC

Co-organisée par la Cinémathèque Française et la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou, la rétrospective Frederick Wiseman propose pas moins de soixante-quinze heures d’images, soit trente-quatre films, qui retracent sous nos yeux la carrière d’un grand documentariste américain. Colossale pour certains, l’œuvre de Wiseman présente avant tout une riche complexité : réfléchie et sobre, sans pour autant être étrangère à tout humour ou dérision. Une entreprise quasi ethnographique dirigée par celui qui, face à son pays et ses concitoyens, a su conjointement filmer, « se taire et écouter, [alors que] pas un être sur cent n’en est capable, ne conçoit même ce que cela signifie » .



L’Amérique de W

A parcourir attentivement la filmographie prolixe de Frédérick Wiseman, l’existence d’une cartographie secrète des Etats-Unis semble se mouvoir sous nos yeux. En près de 35 ans, l’Amérique s’est ainsi fait capturée par l’oeil silencieux, incisif et impertinent de Wiseman, de Titicut Follies (1967) à Domestic Violence II (2003), d’Adjustment and Work (1986) à Zoo (1992), de A jusqu’à Z, ou presque. D’année en année, d’Etat en Etat, de ville en ville, les U.S.A chroniqués derrière l’objectif (objectif ?) wisemanien. Du moins, l’Amérique radiographiée à travers ses institutions - que celles-ci soient sociales, pénitentiaires, militaires, médicales, éducatives ou dites culturelles...


Une méthode signée Wiseman

Pour son tout premier coup d’envoi sur les écrans, le jeune Wiseman, juriste de formation, signait un véritable coup d’éclat, sa caméra entrant au cœur d’une prison du Massachusetts spécialisée dans la détention de criminels atteints de maladies mentales, et acteurs de théâtre à leurs heures (gagnées). Pourtant, ici, point de sensationnalisme journalistique. Avec Titicut Follies, sorti au milieu des années soixante puis censuré pendant plus de vingt ans, la « machine Wiseman » était lancée. Une signature rapidement indissociable d’une méthode rigoureuse : s’installer en équipe légère dans un microcosme donné, y faire traîner discrètement sa caméra et ses oreilles, et refuser d’ajouter tout interview, commentaire en voix off ou musique, pour mieux privilégier le montage. Loin d’évoluer en recette rigide ou en carcan didactique, la méthode de Wiseman s’est au contraire enrichie au fil des ans, échappant à tout formatage, notamment de diffusion (sorti en 1989, Near Death dure ainsi six heures).