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FUNNY FACE
de Stanley Donen
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Fred Astaire dans le rôle du photographe de mode et portraitiste Richard Avedon, Audrey, et non Katharine, Hepburn, dans celui d’une Cendrillon existentialiste, le Paris et la France du début de la Guerre d’Algérie, caricaturés, gentiment moqués, comme fond de décor à cette fine romance...



Ce charmant musical de Stanley Donen, produit par la Paramount et l’équipe pour le coup débauchée de la Freed Unit (ex-MGM), en Technicolor et Vistavision, remake de celui créé en 1927 à Broadway par... Fred et Adèle Astaire, interprété par le couple inédit Fred Astaire-Audrey Hepburn, tourné en partie à Paris, est l’un des films préférés des couturiers - des créateurs de mode, designers ou autres stylistes. La mode en est le thème, comme elle l’avait été, treize ans plus tôt, de Cover Girl (1944), avec cet autre couple surprenant : Gene Kelly-Rita Hayworth. Voici l’argument : la directrice du magazine Quality (une femme de caractère ayant, avec la directrice historique de Vogue, inspiré le personnage féminin du livre et du film Le Diable s’habille en Prada) cherche une cover-girl pour vendre la collection d’un couturier parisien. Le photographe du journal fait des essais avec un mannequin qui se révèlera décevant dans une librairie de Greenwich Village. La vendeuse, lectrice fervente du professeur Flostre, pape français de l’empathicalisme, s’avèrera photogénique (cf. la fameuse scène de cette "révélation", au sens propre, tournée en chambre noire et lumière inactinique, avec un temps de fixation du papier sensible beaucoup trop bref, à en croire les chipoteurs). Le photographe convainc la directrice du magazine d’emmener la jeune fille, tout de même quelque peu retouchée, "relookée" par une Evelyne Thomas de l’époque, à la Mecque de la mode...

Le photographe Richard Avedon, qui a illustré le générique et servi de modèle au personnage incarné par Astaire, avait mis en scène pour Harper’s Bazaar des mannequins pris en dehors du studio, dans la rue, dans des endroits inattendus, des situations incongrues. La séquence d’instantanés captés sur le vif, chaque plan se figeant par arrêt sur l’image, tournée dans des lieux tels que le jardin des Tuileries, la gare du Nord ou le musée du Louvre (Hepburn en robe écarlate devant la Victoire de Samothrace), non dans un hangar hollywoodien, est remarquable et une manière pour Donen de s’interroger sur son média, ontologiquement proche de l’art de la reproduction qu’est la photographie. La séance de prise de vue dans la librairie, avec la top model portant une robe cintrée par une multitude de pinces à linge dissimulées dans le dos, aux réactions mécaniques, anguleuses, rigides, comme celles d’un automate, ayant pour lecture la subculture américaine qu’est la bande dessinée, détachée, prenant des poses, passant d’une expression à l’autre, fait penser à la danse qui fut lancée par Malcolm McLaren en 1994, le Voguing, qui se référait au magazine de mode dont s’inspira Madonna dans son clip « Vogue ».