Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

ALIMENTATION GENERALE
de Chantal Briet
Par Emilie PADELLEC

SYNOPSIS : Alimentation (subst. fém.) : Tout système secondaire qui assure l’apport d’éléments de base et d’énergie à un système principal dépendant du premier pour son fonctionnement.

Si l’alimentation en général s’apparente à un principe aussi vital, que dire alors de l’épicerie d’Ali Zebboudj, l’ultime commerce encore ouvert au cœur du quartier de la Source à Epinay-sur-Seine, et filmé avec tendresse et retenue par Chantal Briet dans son documentaire sobrement intitulé Alimentation générale ? Qu’il vente, pleuve, ou au contraire qu’il fasse plein soleil, tous s’y retrouvent, petits, grands, vieux et vieilles, BBB , pour se nourrir ensemble de ce lait de tendresse humaine irradiant les murs vétustes du lieu mais aussi et surtout, les éclats de rire ou de chant kabyle de son propriétaire...



EPICERIE PARADISO

A la toute fin de son documentaire, Chantal Briet affiche sur l’écran noir trois derniers mots en forme de dédicace. « Aux visages collectifs... ».

Quelques mots simples, calqués sur une phrase d’Hermann Hesse citée pendant le film. Cette citation, entendue en allemand puis en français dans la bouche de Jamaa, Rmiste germanophile un peu fragile, mais surtout, grand habitué de l’épicerie d’Ali, évoque un jeune homme au visage quelconque, c’est-à-dire « collectif ». De ces visages dont on peut, avec une facilité déconcertante, oublier les traits, à peine rencontrés, vus, frôlés du regard. Sans trop savoir pourquoi et bien même avant que le générique final ne défile, l’expression vient s’imprimer à la peau d’Ali, cet homme sans doute invisible pour beaucoup d’entre NOUS. D’autant plus, si on l’imagine tel l’un de ces Oubliés des vagues déversées par l’actuel cirque médiatique mettant trop souvent les pleins feux sur les quartiers de cette Paname en panique. Mais justement ici, Ali prêtant ses traits à beaucoup d’autres, n’est-ce pas leur visage et leur singularité même qui viennent affleurer l’écran ?

D’où la dédicace.

D’où la révélation lumineuse faite par Chantal Briet du possible pouvoir du documentaire à nous faire voir sans fard la réalité d’un microcosme trop souvent grimé pour les besoins d’une certaine actualité sensationnaliste.
Ali, c’est en effet ce commerçant de proximité comme il existe tant ailleurs. Mais, sont-ILS seulement interchangeables, ces épiciers, ces quartiers, ces habitants, tous ces petits faits vrais qui leur appartiennent, déblatérés ou confiés ici sur le mode de la banalité ou du tragique, autour d’un café au lait siroté entre les rayons de LEUR épicerie, LEUR « petit coin de paradis » ? Réponse(s) en images sous l’oeil discret de la réalisatrice...