Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 




Ce qui est réellememt fascinant, c’est que Christopher Nolan décortique dans Le Prestige son propre cinéma. Tout au long du film, il traite de la gémellité. D’une gémellité de destins entre Borden et Angier qui, derrière leur lutte à mort, sont fascinés l’un par l’autre. Angier envie le génie artisanal de Borden qui lui jalouse le sens du spectaculaire de son collègue et ennemi. D’une gémellité de naissances qui caractérise Alfred Borden et son frère Fallon. Ils sont physiquement semblables, mais diffèrents par leur caractère et par leur goût amoureux. Alfred aime Sarah et Fallon aime Olivia. D’une gémellité antinaturelle enfin qui fait Angier se confronter à son double (acteur ou clone). Ce qui est passionnant dans cette thématique déjà bien souvent traitée, c’est qu’elle repose sur la réalité du travail de Christopher Nolan, puisqu’il collabore régulièrement avec son frère scénariste, Jonathan. Ils ont écrit à quatre mains Memento, ce Prestige, et bientôt un Batman. Dans la nécessité d’Alfred et Fallon d’échanger sans cesse leurs rôles pour que l’un ne s’efface devant l’autre, dans l’obsession d’Angier à ne pas se faire voler la vedette, se trouve incarnée la relation de Christopher et Jonathan. Elle est celle de toutes les fratries, mais est exacerbée par le fait qu’artistiquement Christopher est dans la lumière alors que Jonathan reste dans l’ombre. En effet, ils ne sont pas comme les Wachowski, les Cohen, ou les Farelly qui en dédoublant le poste de réalisateur se partagent la gloire.

Dans Le Prestige, Christopher Nolan explore également son mode de narration. Comme un magicien montrant ses tours, il joue de l’ellipse négative. Au lieu de dissimuler certains aspects au spectateur, tout ou presque est expliqué. Dans la première scène, la voix-off du personnage de Cutter indique au spectateur qu’il lui faut la regarder attentivement. En fait, Le Prestige est un peu comme un voyage dans les coulisses des précédents films de Nolan. Dans Following comme dans Memento, sa narration était construite autour d’un twist final. Là, il le rejette en l’éventant bien avant la fin. La conclusion du film n’est pas dans une pirouette scénaristique, mais dans un monologue. Une balle en pleine poitrine, agenouillé face à Borden, Angier tient à avoir le mot de la fin. D’ordinaire, ce genre de scène est larmoyante et agaçante. Cette fois-ci, elle est tout simplement magnifique parce que plusieurs voix nous parlent. La voix d’Angier qui dit tout son amour de la magie. La voix de Christopher Nolan qui explique que son seul but est d’émerveiller le public même si l’on doit perdre quelque chose de soi et se salir les mains. La voix de Hugh Jackman enfin qui se voit évoquer la peur de rester captif de sa représentation. Les clones d’Angier deviennent dans cette scène finale les multiples personnages joués par Jackman dans sa carrière. Cette scène sonne si juste qu’elle vous donne la chair de poule.