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OPENING NIGHTS 2006
Festival International de Films d’Athènes
Athènes, Grèce
Par Emilie PADELLEC

VAGUES NORDIQUES

Moins connu que son aîné le Festival International de Thessalonique, le Festival International de Films d’Athènes, s’est achevé le 1er octobre dernier. Alors que cette douzième édition touchait ainsi à sa fin, le festival s’est retrouvé placé sous un étrange et lointain méridien... Destination : Scandinavie. A l’issue des délibérations du Jury composé de 11 jeunes européens de 25 ans et moins, trois films scandinaves parmi les quinze longs métrages en compétition ont en effet été primés : Falkenberg Farewell (dir. :Jesper Ganslant, Suède, Prix du Meilleur film), The Brothersome Man (dir. : Jens Lien, Norvège, Prix du Meilleur Réalisateur) et En Soap (Kim Fupz Aakeson et Pernille Fischer Christensen, Pays-Bas, Prix du Meilleur Scénario).

Coïncidence ou réelle « vague » cinématographique venue du Nord, la question reste ouverte...



L’ETE DERNIER A FALKENBERG

Lauréat du Prix du Meilleur Film, citons tout d’abord Falkenberg Farewell (Farväl Falkenberg) de Jesper Ganslant, jeune réalisateur audoditacte, lui-même natif de cette petite ville de la côte Est suédoise. Outre l’utilisation d’images d’archives familiales tournées en Super8, ce n’est donc pas par hasard si l’essence même du film se veut pour beaucoup autobiographique. Ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’équipe du film, l’univers intime de Ganslant est intimement liée à la réalisation de sa première fiction filmique. Les quatre jeunes hommes composant la fratrie d’amis évoluant à l’écran ne sont autres que ses meilleurs amis : David (Johson), Holger (Eriksson), Jörgen (Svensson) et John (Axel Eriksson). Seule figure féminine s’immisçant entre les membres de cette tribu d’adulescents : Falkenberg. Bourgade paisible, ville fantôme.



Leur ville natale à tous. Ses parkings vides ayant sans doute accueilli leurs premières cuites, ses arbres, hébergé leurs cabanes de fortune, son herbe grasse et verte foulée par leurs corps à présent tatoués, souvent dénudés, voire impudiquement nus. Cela, au gré d’un étrange état d’apesanteur lumineuse très justement transmis par la bande sonore du film, et notamment les compositions « sigur rossiennes » d’Erik Enockosson. Eté après été, leur peau s’est dorée sous les embruns marins de Falkenberg, leurs cheveux en batailles baignés de sa lumière poudreuse. Un paradis fragile, ne tenant plus qu’au fil de leur rêve éveillé. Paradis (presque) perdu, tout âge d’or ayant une fin. Face à cette fatalité, - leur tout dernier été à Falkenberg -, l’ultime jeu pour David et sa fratrie, 20 ans et des poussières, semble justement de vouloir croire au contraire. Coûte que coûte, faire perdurer ce passé édénique. Pari risqué, lorsque les sirènes de Göteborg se font d’autant plus pressantes qu’il n’y plus rien à y faire, à Falkenberg. Si ce n’est jouir avec désinvolture des derniers jours de l’été indien, se rouler dans l’herbe, en fumer aussi. Ou encore s’approcher le plus près possible de ces chevaux sauvages comme tout droit évadés de Sciuscià de Vittorio de Sica. Si ce n’est enfin rejouer sans fin cette enfance dont ils sont tous apatrides. A plusieurs reprises, la voix-off émergeant du journal intime de David - ce fil rouge narratif déroulé sobrement au fil des ‘épisodes’ constituant la structure du film - évoque d’ailleurs cet « exil de la naissance », cet état de réfugiés que nous éprouverions tous face au passé.