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ALICE ET MARTIN
d’André Téchiné
Par Sophie HAUBOIS

SYNOPSIS : Martin, la vingtaine, fuit en courant le domicile familial provincial suite à un incident. Après une errance de plusieurs semaines dans la nature du Sud-Ouest de la France, il rejoint Paris où habite son demi-frère Benjamin. Mais à la place, c’est Alice, la colocataire violonniste de son frère qu’il trouve à l’appartement. Martin est perdu, égaré, et en même temps qu’on lui propose de poser pour des photos de mode, il se prend de passion pour Alice, 10 ans deplus que lui. La jeune femme finit par lui céder et se donner toute entière à cet amour mais Martin se replie peu à peu sur lui-même, hanté et torturé par un tragique secret qu’Alice va finir par percer.



Première partie : toujours entre deux mondes (SUITE)


TÉCHINÉ SONDE LES RELATIONS

Alice&Martin présente une palette relativement réduite de personnages dont les interactions multiples sont toute la consistance du film. Téchiné fait de Martin son principal héros : il est le lien, le relais entre les autres personnages, la colle qui permet d’assembler les photogrammes du film, à l’image de sa vie dont on essaye de recoller les morceaux dans le traitement non-linéaire adopté par le montage (en effet dans une logique romanesque, l’auteur ne suit pas un déroulement linéaire du temps et nous ménage quelques points de suspense). Les personnages secondaires n’ont de légitimité existentielle que tant qu’ils sont « attachés » à la vie de Martin, quelque soit le degré de lien avec lui. Et même lorsque Alice se retrouve en province sans Martin, à la rencontre des membres de sa famille, c’est pour mieux se rapprocher de lui et le défendre.


PASSE ET TRANSMISSION

La problématique du film pourrait se résumer par : comment devenir père à son tour lorsqu’on a commis le parricide d’un père qui n’a jamais été « papa » ?
À l’instar de Martin, ce protagoniste dont on relate l’apprentissage de la vie, le montage va au plus pressé. Il ne s’encombre pas de la description de certains évènements, va à l’essentiel, coupant dans le déroulement du temps de façon incisive et provoque ainsi un décalage temporel, qu’il finit par rattraper. La vie de Martin comporte une ellipse de dix ans, soulignée par une répétition de sa fugue (une fois enfant, une fois adulte), un fondu au noir et une inscription à l’écran. Bien qu’on apprenne la mort de son père et sa fugue lorsque Martin est conduit à la gendarmerie, les circonstances de l’accident ne seront révélées que bien plus tard à la faveur d’un flash-back, encadré lui aussi de fondus au noir le séparant du « présent » d’Alice et Martin. Enfin, un dernier fondu au noir marque une ellipse entre le présent d’Alice avec Martin, et celui d’Alice moins Martin. Cependant, le dialogue qui suit, entre Alice et Jeannine, comble immédiatement le « trou noir » temporel provoqué par l’ellipse, en relatant la chronologie des évènements manquants (Martin est entré de sa propre initiative en hôpital psychiatrique).