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ENGLISH DUBBING
ou quelques réflexions sur le doublage anglo-saxon
Par Pascal LAFFITTE
et François JUSTAMAND

Si la post-synchronisation se pratique autant en Angleterre et aux Etats-Unis qu’en France, lorsque le son direct défectueux d’un film doit être remplacé en studio, en revanche, le doublage est un procédé plus rare dans les pays anglo-saxons où le système de la version originale sous-titrée lui est nettement préféré.



LE DOUBLAGE, UNE PRATIQUE PLUS RARE DANS LES PAYS ANGLO-SAXONS

Au tout début des années 30, les studios entreprirent de produire des versions multiples d’une même œuvre, déclinée en différentes langues. Par exemple, en 1931, le réalisateur Georg Wilhelm Pabst dirigea en allemand Die Dreigroschenoper, d’après la pièce de Bertold Brecht et Kurt Weil, puis son adaptation française, L’Opéra de Quat’Sous, avec cette fois-ci des acteurs parlant français (Albert Préjean, Florelle, Gaston Modot). Mais pour une question de coût évidente, l’idée de faire autant de versions que de langues fut vite abandonnée pour laisser place à une alternative : soit doubler, soit sous-titrer un film étranger pour le rendre accessible au public. En règle générale la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne préférèrent mettre en exergue le doublage, tandis que les pays de langue anglaise ainsi que les pays nordiques optèrent en priorité pour les sous-titres. Toutefois, il y eut parfois des résurgences des versions multiples, comme lors du tournage du long-métrage Le Cerveau (Gérard Oury, 1969), dont chaque scène fut filmée en français puis en anglais avec les mêmes acteurs. De la sorte, on évitait le doublage pour faciliter la distribution du film dans les pays parlant anglais. Cet exemple est révélateur des réticences éprouvées par les Anglo-saxons vis-à-vis du doublage.

Toutefois, l’Angleterre, peut-être plus encline que les Etats-Unis à accepter les apports cinématographiques de l’extérieur, se mit à doubler certaines productions étrangères, au lieu de les diffuser en version originale sous-titrée. Il existe ainsi une version anglaise des films suivants : Le Magnifique (Philippe de Broca, 1973), L’Aile ou la Cuisse (Gérard Oury, 1976), Les Bronzés font du Ski (Patrice Leconte, 1979). Même Le Téléphone Rose (Edouard Molinaro, 1975) a été doublé ! Au Etats-Unis, le doublage n’est pas totalement absent, mais il semble que ce soit une industrie moins importante qu’en Europe, plus circonscrite qu’ailleurs à des domaines précis. Dans les années 70, le succès des films asiatiques d’arts martiaux n’a pas épargné l’Amérique. L’idée que le public de ce genre de films préfèrerait entendre les acteurs parler anglais plutôt que d’avoir à lire des sous-titres, explique peut-être le recours au doublage. Ainsi, le spectaculaire Tian xia di yi quan / La Main de Fer (Chang-Hwa Jeong, 1972) a été exploité aux Etats-Unis sous le titre Five Fingers of Death, doublé en anglais. Tout comme beaucoup d’autres films de la mythique firme hongkongaise Shaw Brothers. Malheureusement, même les anglophones déplorèrent la médiocrité de ces doublages, surjoués et généralement faits à l’économie, remarque pouvant aussi s’appliquer aux westerns italiens dits « spaghetti », doublés pour conquérir le marché américain.