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KRISTALL
de Matthias Müller et Christoph Girardet
Par Cécile GIRAUD

SYNOPSIS : Kristall développe un mélodrame dans des cabinets aux miroirs qui éveillent un sentiment de claustrophobie. Tel un observateur anonyme, le miroir observe des scènes d’intimité. Cet instrument de la mise en scène narcissique devient un puissant antagoniste qui multiplie par deux le sentiment de fragilité, de doute et de perte.



Présenté à la dernière Semaine de la Critique à Cannes, Kristall est comme une suite à Home Stories réalisé en 1990 par Matthias Müller et Phoenix Tape réalisé par le duo en 1999, deux films en found-footage, et dont la femme était le centre. Dans Home Stories, des actrices des années 60 étaient prises au piège dans un suspens hitchcockien, alors que dans Phoenix Tape, c’était bien les actrices hitchcockiennes qui étaient l’objet du travail de remontage des réalisateurs. Toujours travailler le regard, le regard de celui qui regarde le film, le regard de celui qui regarde dans le film. Matthias Müller interroge le sens des films et décompose les mécanismes filmiques en reprenant un motif. Dans Kristall, le miroir. Les deux réalisateurs complexifient le dispositif en proposant des images qui peuvent, qui menacent, à la fois de se refléter à l’infini, de se dédoubler à l’infini, mais aussi de se briser.

C’est d’ailleurs ce par quoi commence le film, le son d’un verre qui se brise, puis un gros plan sur un collier de pierres autour du cou d’une femme. Alors que le son continu et flottant, lancinant, de l’écho qu’émet le cristal débute, le miroir se révèle et laisse se refléter un couple qui s’embrasse. Tout est là. Le son inextricablement lié à l’image, l’homme à la femme, et le personnage à son reflet. La parole n’aura pas droit de cité, le regard est maître du film, et ce regard, ce n’est pas celui de l’homme ou de la femme qui se contemple, mais bien celui du miroir même, qui crée ou anéanti. La vraie vie se situe-t-elle derrière le miroir, comme l’Orphée de Cocteau qui, sous les traits de Jean Marais, appuie son visage contre la paroi lisse et que l’on devine froide sans parvenir à y entrer ? Le miroir, objet narcissique, résiste, et parfois il enferme. Est-ce bien moi ce visage que je vois, que j’épie, presque, sans réussir à percer son mystère ? Qu’est-ce que le reflet me dit que j’ignore ? Me dira-t-il l’avenir ?