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LES INFILTRES
de Martin Scorsese
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : La police d’Etat du Massachussetts cherche à piéger le gang des Irlandais de Boston en y introduisant un jeune diplômé dont on a refait la légende afin de le faire passer pour un truand. De son côté, le parrain a plus d’un tour dans son sac : il est couvert par la police fédérale et a un cheval de Troie dans la place, parmi la flicaille.



Evidemment, si on compare le film aux productions franchouillardes dont la simple vision des bandes-annonces fiche un immarcessible bourdon (cf. par exemple celle de Hors de prix de Pierre Salvadori, avec la navrante Audrey Tautou), évidemment, si on juxtapose l’image de Michael Ballhaus, le chef op’ de Fassbinder à juste titre hommagé lors du dernier festival de Berlin (cf. http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=3926) à celle de n’importe laquelle fraîchement parue, évidemment si on mixe la bande-son somme toute rock (les Stones en roue libre et un morceau assez fluxus, très Captain Beefheart, de Lennon, sans parler d’une gigue irlandaise électrifiée et jouée par une sorte de U2 ou You-Tube speedé, le tempo infernal interdisant toute danse ou contre-danse) à la B.O. de films d’auteur asthéniques issus de notre hexagone ou à celle des blockbusters d’outre-mer, si on confronte les stars US aux acteurs et autres comédiens du vieux monde, évidemment...

Comme toujours, le titre français, Les Infiltrés, est bien mieux que l’original, The Departed ayant la connotation négative de disparition, de perte, de mort, qui n’est cependant qu’un des thèmes et des buts, du début à la fin, du film. Les Infiltrés est à la fois plus abstrait et plus clair, plus explicite et résume parfaitement la problématique, à tel point que la vision de ce très, encore et toujours, avec ce réalisateur excessif, beaucoup trop, long métrage paraîtra futile aux amateurs de suspense ou aux lecteurs (mais y en a-t-il ?) de ce site. La question est celle de l’under cover comme chez ce bon vieux Hitch : http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=3601), celle de l’image spéculaire, double, de tout un chacun (certaines mignonnes peu physionomistes ou légèrement miros ont confondu les deux jeunes premiers, alors que ceux-ci n’ont en commun que leur coupe de cheveux !), comme celles du flic en civil et du civil, si vil, en flic.

Le film illustre de façon pépère un scénario de William Monahan et Siu Fai Mak et se borne à faire un remake du film hong-kong-gay Mou gaan dou (en cantonais) / Wu jian dao (en mandarin) / Infernal Affairs (en franglais), réalisé en 2002 par les copains Wai Keung Lau et Siu Fai Mak, sur fond assez sombre de guerre des triades, avec Shawn Yue dans le rôle de DiCaprio et Edison Chen dans celui de Matt. Chez Scorsese, les éléments stroheimiens (sadiens) sont distillés et bien dosés (mieux que les fusillades en tout cas), les personnages, à part celui qu’incarne Nicholson, ne sont pas bien pervers, pas du tout vénéneux (ils n’usent pas encore de polonium), le travail des comédiens est correct mais convenu. Les jeunes gens moulinent encore un peu trop des bras au lieu de jouer avec intensité. Matt n’est ni trouble ni détestable, comme l’exigerait son rôle. La révélation vient sans doute du personnage féminin, pour une fois pas trop négligé par le cinéaste, interprété par la trentenaire Vera Farmiga, dans le rôle d’une psy chargée de soulager les deux fliquets schizos en les mettant dans son lit (ce qui n’est recommandé ni par la faculté, ni par l’Eglise, ni par la Règle : le rapport transférentiel ne pouvant être d’ordre sexuel !), une nouvelle venue qui impose son visage allongé, doux, éthéré et asymétrique et son grand front d’intello à la Ségo. Nicholson n’a, comme d’habitude, que deux expressions du visage (froncement des sourcils et sourire de toutes ses dents de rat) et se parodie lui-même dans une imitation de rongeur.