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ALEJANDRO JODOROWSKY
La poésie c’est l’art de dire les choses en silence
Par Bill KELSO
Photos de Laurent Pouvreau

A 77 ans, Jodorowsky est peut-être l’un des derniers cinéastes de légende encore en vie. Son œuvre, culte pour beaucoup, ne ressemble à rien de connu, creuse son propre sillon à l’écart des modes et des tendances. Western métaphysique (El Topo), parcours intérieur et métaphysique (La Montagne sacrée), drame surréaliste (Santa Sangre)... Ses films empruntent toujours des chemins iconoclastes et détournés pour sonder les abîmes de l’existence. Artiste complet (il est scénariste de BD et poète), imprégné d’ésotérisme et de spiritualité, Jodorowsky est aussi réputé pour ses tarots divinatoires. A l’occasion de la sortie en salle de deux de ses chefs-d’œuvre (El Topo et La Montagne sacrée), nous avons pu rencontrer ce personnage attachant et radical...



Objectif Cinéma : Racontez-nous la génèse de El Topo...

Alejandro Jodorowsky : A l’époque, je suivais un maître zen à travers le Mexique. Il m’apportait beaucoup de sagesse et de sérénité. Forcément, au moment de faire El Topo, du tournage à l’ambiance, tout s’est retrouvé imprégné de cette présence. El Topo est le premier western orientaliste. En un sens, j’ai réalisé ce film à l’image de ce que j’étais à l’époque. El Topo n’était qu’une façon de me trouver moi-même... D’être. Je voulais créer ce film comme un poète. Mais ce n’est surtout pas ainsi que je l’ai vendu à ces naïfs de producteurs ! Heureusement d’ailleurs... (rires)


Objectif Cinéma : Pourquoi vos films marquent-ils si profondément les spectateurs ?

Alejandro Jodorowsky : C’est une question de morale. Je n’imagine pas la mise en scène, l’esthétique, sans questionnement éthique. Par exemple, je déteste les gros plans. Aujourd’hui, tous les films sont ainsi, identiques, cadrés en gros plans. C’est souvent inutile et vulgaire. Dans El Topo, on ne compte en tout et pour tout qu’un seul gros plan. Un seul. Le reste de l’histoire n’est raconté qu’en plan large. Et aucun mouvement de caméra n’est gratuit.


Objectif Cinéma : La subversion politique est une autre de vos facettes. La Montagne sacrée est souvent analysé dans ce sens...

Alejandro Jodorowsky : J’avais été très impressionné par la lecture du Théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud et entre autre par La conquête du Mexique. Dans La Montagne Sacrée, c’est ma version de cette conquête que j’ai filmée. Avec des animaux. Vous pourriez aussi citer la séquence avec les touristes. Je l’ai pensée comme une critique féroce de leur comportement imbécile et malheureusement trop courant...