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DVD

L’IGUANE

de Filip Forgeau et Maryel Ferraud
Par Marc BRUIMAUD

SYNOPSIS : Un ancien taulard, une femme amoureuse d’un camé et un dealer au cœur tendre : trois personnages « fermés pour cause d’inventaire » qui se croisent au long de leur route et de leurs déroutes. Isolés, ils ont chacun leur vie, leur imaginaire, leurs révoltes. Écorchés vifs, ils se débattent dans un quotidien qui ressemble à l’Enfer.



POINT DE VUE

Écrivain, dramaturge, acteur et cinéaste résidant en Limousin, Filip Forgeau occupe une place vraiment à part dans le cinéma français, à l’instar de francs-tireurs radicaux comme Xavier Durringer, F.J. Ossang, Paul Vecchiali ou Sandrine Veysset[1]. Il faut saluer l’initiative de Malavida qui vient d’éditer son premier long métrage distribué à l’époque dans une seule salle à Paris (L’Entrepôt) et quasi invisible depuis, alors que son second film, Le Terminus de Rita (ex-Rita, Rocco et Cléopâtre, 1994) demeure toujours inédit, malgré son évidente originalité.

Entrer dans L’Iguane, c’est accepter de suivre un parcours mental polyphonique où des personnages flottants se parlent sans se parler, s’apostrophent, se répondent, à la faveur de rencontres improbables et de rêveries fantasmatiques dont les enjeux relèvent d’une essence existentielle, êtres en soi luttant contre la corruption des contingences, selon une dialectique résolument hegelienne : comment survivre, individu, face à l’absurdité du monde et l’amenuisement progressif des « sourires intérieurs », lorsque nos capitulations gangrènent l’espoir et qu’il ne reste plus, pour paraphraser Queneau, que « cette petite voix qui parle dans notre tête ». Voilà pourquoi les figures tragiques (et dérisoires) peuplant ce pandémonium esthésique (on notera leur aptitude naturelle à percevoir les manifestations fiévreuses des cinq sens et à se laisser guider par elles) n’ont guère que la télépathie comme ultime transmission, se claquemurer en échos intimes dans un univers psychotique, forclusion des origines, où tout est encore possible, c’est-à-dire négociable. Vrai film spirite (tels Seul contre tous ou Lost Highway) et mouvementé (punk et beat, Hunter S. Thompson et Jack Kerouac, mais aussi Easy Rider ou Candy Mountain), L’Iguane tend un pont transatlantique vers les errances néo-cormaniennes (on songe à Peter Fonda et sa méconnue Wanda Nevada, parfois à Monte Hellman) que Le Terminus de Rita (dont on souhaiterait une prochaine édition) se plait à désespérément arpenter, sur le fil du désir et des cœurs chimériques.