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FESTIVAL DES TROIS CONTINENTS
Compte rendu
Par Donald JAMES

Au Festival des Trois Continents de Nantes, parmi l’abondante livraison de films issus d’Amérique latine, il fallait absolument ne pas manquer Morir un Poco d’Álvaro J. Covacevich, un film réalisé entre 1965 et 1967. Présenté dans le cadre d’un focus consacré au cinéma chilien, Morir un poco résonnait étrangement bien avec le court métrage El espino de Theo Jose Court Bustamante.



VIVRE, C’EST MOURIR UN PEU

Comment et pourquoi au début des années 60 des réalisateurs, à travers le monde, de toutes générations confondues et sans s’être préalablement concertés, se sont posé des questions analogues à propos de notre rapport à l’image et au cinéma ? De John Cassavetes au free cinéma de D. A. Pennebaker, de Mikhail Kalatozov à Álvaro J. Covacevich, tous semblent marqués au fer blanc par le néo réalisme italien, habités par le désir d’un cinéma-vérité à l’image noir et blanc brute de l’après-guerre, et pour certains d’un regard critique sur la société. En parallèle s’opère une métamorphose cruciale : on parle aujourd’hui beaucoup de la révolution numérique et de ses influences sur l’esthétique, mais au milieu des années soixante une autre révolution technologique était à l’œuvre, au moins aussi importante, marquée par le fait que les caméras deviennent deux fois plus légères et pratiques. Cette révolution technique change considérablement la carte et l’histoire du cinéma : on peut désormais voyager seul avec les 16mm ou les toutes nouvelles Super-8. Les réalisateurs peuvent s’affranchir des grands studios. Nombre d’entre eux se font artisans, amateurs ou cinéastes dilettantes. Très vite les limites du cinéma se trouvent repoussées, son cadre éclate, ses sujets se nourrissent notamment de la découverte de l’intimité et de nouveaux paysages géographiques et sociaux.

A l’instar de l’Américain Cassavetes dans Faces ou du Russe Mikhail Kalatozov dans Soy Cuba, le Chilien Covacevich avec Morir un poco se risque sur les chemins sinueux du cinéma underground, réalisé sans moyens financiers et sans acteurs professionnels, tout en renouant avec la tradition du cinéma muet, sans dialogue, mais en musique.

Comment un tel trésor de l’histoire du cinéma a-t-il pu rester aussi longtemps inconnu ? Tout simplement parce qu’après sa sortie, les militaires chiliens ont détruit toutes les copies pour empêcher la diffusion d’un film trop critique et que ce n’est qu’en 2005 qu’une copie fut retrouvée en Allemagne et montrée pour la première fois au festival de Leipzig.